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29/12/2010

LEA SILLY, BRINGHAM YOUNG LE PROPHETE DES MORMONS ET MOZART DE CHATOU

Chanteuse d'opérette, rivale d'Hortense Schneider,  dotée de beaucoup d'esprit, c'est elle qui avait surnommée Hortense "le Passage des Princes». Parmi ses amants, on signale Ismaïl Pacha, vice-roi d'Egypte.

"C'était une fort belle fille, un peu masculine, un peu noire, à la voix rude, aux mouvements brusques et saccadés; mais ayant de grands yeux profonds et brillants comme des escarbouches, un regard impératif et hypnotisant qui vous clouait sur place; un esprit mordant et prodigieusement gai tout ensemble (...) En un mot une de ces femmes créées et mises au monde pour aller au fond des choses. Le point culminant de sa carrière théâtrale a été la Belle Hélène. Tout, jusqu'à ses formes d'adolescent bien bâti, contribuait à lui donner l'apparence d'un joli garçon. Son triomphe était le bal de l'Opéra. Elle  s'y montrait assidue et excellait à intriguer la fleur des cavaliers. Plus d'un a été victime de la mystification qu'elle se plaisait à imaginer, et aucun ne lui en gardait rancune, tant elle y apportait de grace et de finesse. Les habitants de «la loge infernale" en savaient fort long sur ce chapitre....."

Elle se décida à faire une tournée en Amérique avec la grande Aimée et Céline Montaland. Le directeur de la tournée était un personnage extravagant, le colonel Fusk, industriel, financier, propriétaire de chemins de fer, de bateaux et de théâtres. Il fut tué par un rival jaloux et rancunier que Fusk avait fait condamner parce qu'il le faisait chanter.

Silly prit des vacances et pour son plaisir elle s'était mise à voyager, faisant étape à Cincinnati, San Francisco. Par curiosité, elle décida de rendre visite aux mormons sur les bords du Lac salé. Silly parlait l'anglais à la perfection. Elle fut enchantée de se prosterner aux pieds du prophète !

Arrivée au campement des Mormons, elle demanda qu'on la conduisit tout droit chez Brigham Young "ce vieux singe, ce vieux sorcier". Présentée au grand gourou, Silly expliqua le but de sa visite : "Nous sommes des artistes venus de Paris et nous n'avons pas voulu traverser la région sans être admis à présenter ses devoirs au célèbre Brigham Young, au pasteur du peuple, au fondateur d'une religion, la vraie, l'unique, au restaurateur chrétien de la polygamie !!!"

Rougissant de plaisir, Bigham s'exclama :

"Comment ! vous êtes des artistes, et des artistes de Paris ! Et vous chantez madame ! N'aurai-je pas la joie de vous écouter, de goûter de votre bouche en fleur l'une de ces belles mélodies, qui enchantent l'âme et les sens !"

Très rieuse, et ne détestant pas berner les gens, Silly ne voulut pas manquer une telle occasion :

"Que préférez-vous entendre monsieur Young ? Du Mozart, du Schumann ?"

--"Oh ce qu'il vous plaira. Je ne connais ni l'un ni l'autre "

Alors, pour le satisfaire, elle lança dans les airs un « trou- la- la-la itou, » une tyrolienne des plus excentriques qu'elle eut dans son répertoire. Emerveillé par ces borborygmes incongrus Brigham désira des détails sur le compositeur ? Quel était le nom de ce grand homme ?

-" C'est Mozart de Chatou" lui répondit Silly.

"--Ah ! et Il habite Paris ?"

''"Non, mais une île. L'île de la Grenouillère"

Il fallut se séparer, Brigham Young ouvrit les bras, à la parisienne, la bénit en regrettant de n'avoir pas eu le temps de la convertir pour la compter au nombre de ses concubines ! De retour à Paris, elle revint aux Variétés pour jouer le rôle d'Oreste dans La Belle Hélène d'Offenbach.

La cohabitation avec Hortense Schneider tourna au vinaigre. Les deux femmes faillirent se crêper le chignon en coulisse. L'arbitrage fut au détriment de Léa qui rejoignit le théâtre de la Porte Saint-Martin.

Là, elle fit forte impression, et le vice-roi d'Egypte la convia à un dîner chez Bignon, puis dans ses appartements...

Léa Silly possédait aussi un grand talent d'imitatrice qui lui servit grandement dans tous ses rôles et lui servit pour enflammer le public qui la réclamait à outrance.

Mise à jour  24/12/2012

tourna au vinaigre. Les deux femmes faillirent se crêper le chignon en coulisse. L'arbitrage fut au détriment de Léa qui rejoignit le théâtre de la Porte Saint-Martin.

Là, elle fit forte impression, et le vice-roi d'Egypte la convia à un dîner chez Bignon, puis dans ses appartements...

Léa Silly possédait aussi un grand talent d'imitatrice qui lui servit grandement dans tous ses rôles et lui servit pour enflammer le public qui la réclamait à outrance.

Mise à jour  29/12/2010  

 

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27/12/2010

La mère Caquet-Cadet-Bon-Bec: Au bal des dames de la Halle, sur la place des Innocents.

Par BERNARD VASSOR

 

CAQUET  BON BEC.jpg

Le 16 août 1852, un bal au marché des Innocents les "Dames de la Halle" avaient organisé un bal qui accueillit plus de  20 000 invités.

La place des Innocents transformée en une vaste salle était couverte de tentures d'or, de soie et de velours.

Au centre, la fontaine de Jean Goujon recouverte d'aigles impériales, des filets d'eaux semblaient tomber d'un faisceau lumineux dans le bassin rempli d'eau. Une immense nef en bois recouvrait la salle était soutenue par des palmiers reliés entre eux par des guirlandes de gui. Trois lustres éclairés au gaz, innondaient la salle de lumière.

Louis de Chaumont avait composé une chansonnette humoristique : "Les aventures de la Mère-Caquet-Bon-Bec" pour cette occasion (sur l'air de : Dans un grenier que l'on est bien à vingt ans de Béranger).

Les orchestres composés de deux cents musiciens étaient dirigés par Monsieur....Marx.

La pluie est tombée pendant une partie de la soirée, transormant le sol en une sorte de cloaque boueux.

Quatre escaliers pratiqués aux angles du châpiteau conduisait aux tribunes et aux buffets.

L'entrée principale donnait sur la rue de la Lingerie qui était orné d'un portique dans le style renaissance surmonté d'une aigle aux ailes éployées (référence obligée à l'empereur bien sûr)

Le bal commencé tôt dans la soirée s'est prolongé jusqu'au petit jour rapportent les journeaux du lendemain.

Ce même auteur avait composé en 1848 : "La vivandière d'Austerlitz morte de joie en apprenant l'élection du prince président à la présidence de la République"

La joie éprouvée était si forte à l'annonce du résultat du scrutin, qu'elle tomba inanimée. Tous les soins furent inutiles, elle était morte !

Son attachement au futur empereur était si grand, lui avait fait donner le surnom de "Mère Napoléon"

11:43 | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

24/12/2010

On a arrêté un Robinet au cimetière Montmartre !!!! "A bas la Rousse"....

Par Bernard Vassor

bAUDIN CIMETIERE mONTMARTRE 2006.jpg

Le gisant d'alphonse Baudin au cimetière Montmartre

Pour comprendre cette affaire, il faut se reporter au coup d'état du 2 décembre 1851. Alphonse Baudin, député républicain est  frappé d'une balle en pleine tête tirée par un soldat du 19° de ligne  sur une barricade que Baudin avait érigé et défendait rue Sainte-Marguerite, pour sauver la République confiquée par le prince président Louis Napoléon Bonaparte. Son corps fut inhumé en secret au cimetière du Nord. Quelques hommes ayant redécouvert sa tombe s'y rendaient chaque année pour honorer sa mémoire.

....................

Le 2 novembre 1867, un groupe de plusieurs dizaines de manifestants était surveillés par 50 sergents de ville et un certain nombre d'hommes de la police secrète en civil appartenant au service spécial du commissaire Lagrange chargé des basses oeuvres au service de l'empereur.

A la fin de la cérémonie le groupe de républicains sortit du cimetière sans incident. Les sergents de ville courageux mais pas téméraires s"emparèrent de badauds isolés et les conduisirent  au commissariat du 1 de la rue Bréda (aujourd'hui Henry Monnier) pour y être entendus par le commissaire Bellanger.

Parmi les jeunes gens arrêtés, un certain Gabriel Robinet niait énergiquement  avoir crié : A bas les mouchards,- a bas la Rousse ! (la police en argot)

Présenté au commissaire Béllanger qui demanda à la cantonnade en le montrant  du doigt :-"Et celui-ci, qui l'a arrêté ? Des policiers lui répondirent :"Ce sont des agents de la centrale, mais ils ne sont plus là".

Au  moment où le commissaire allait prononcer l'élargissement du Robinet, un individu  habillé en bourgeois s'écria : "Celui-là ? attendez donc, c'est moi qui l'ai arrêté; il m'a dit : A bas la Rousse ! et m'a fait rebellion." Malgré ses dénégations le jeune étudiant du lycée Saint-Louis Gabriel Robinet fut consigné au poste et traduit en justice le 4 décembre 1867 pour y être condamné à 2 mois de prison par la sixième chambre du tribunal de  police correctionnel.

............

Une année plus tard, le journal "Le Réveil" lança une souscription publique pour élever une statue au martyre de la République. Un procès fut intenté  contre le directeur du journal Charles Delescluze défendu par un très jeune avocat du nom de Léon Gambetta.

La statue en bronze érigée avenue Ledru Rollin connut le même sort que celle de Charles Fourier : démontée par les autorités françaises en 1942 pour être donnée aux allemands afin d'en faire des obus. 

Quand à Charles Delescluze (député aussi), 3 ans plus tard il connut le sort de Baudin, lui, fut couché par la mitraille versaillaise sur une barricade de l'avenue du Prince Eugène (avenue de la République) le 25 mai 1871. Il repose au Père Lachaise.

11:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

17/12/2010

Cette chute de la colonne Vendôme.....

 par Bernard Vassor

                                     Cette chute de la colonne Vendôme.

colonne commune Gardes nationaux.jpg

    C’est le 12 avril à la séance de minuit que le projet de démolition de la colonne Vendôme fut proposé par Félix Pyat , étaient présents : Augustin Avrial, Camille Langevin, Emile Léopold Clément, Jean baptiste Clément, Benoît Malon, Blanchet ( Pourille, dit), Albert Theisz, Jules Vallès. Les citoyens Jean baptiste Clément, Langevin et Avrial demandèrent le rejet du décret (C’est une version  reprise par les « Articles et décrets de la Commune », mais nous savons que les comptes rendus des séances du « Journal Officiel de la Commune », étaient souvent, soit tronqués soit erronés, ce qui 

obligeait les participants à réclamer des démentis qui n’étaient pas toujours publiés. On verra par exemple que le même J.B.Clément dans la séance du 27 avril demanda la destruction « complète » de la colonne Vendôme). Avrial pendant cette même séance, proposa la date du 16 avril pour les élections complémentaires.

 

  Felix Pyat

Courbet, qui  ne sera élu membre de la Commune que le 16 avril utilisa plus tard, pour sa défense cet argument devant le conseil de guerre, il ne faisait pas partie de la commission qui avait demandé la destruction de la colonne. Mais en revanche, il demanda quand il fut élu, que soit préservé le piédestal.

 

Gustave Courbet

Le mardi 26 floréal (16 mai) le journal officiel de la Commune publie : » le citoyen André Gill, est nommé délégué comme administrateur provisoire du musée du Luxembourg. Les citoyens Chapuis Jean, sculpteur, et Gluck peintre lui sont adjoints pour l’assister dans ses fonctions secondaires. »

 

Sur proposition de la commission fédérale des artistes, le citoyen Oudinot Achille, architecte et peintre, est délégué comme administrateur des musées du Louvre, les citoyens Héreau peintre et Jules Dalou, statuaire, lui sont adjoint pour l’assister dans ses fonctions secondaires.

Le 16 mai

colonne préparatif 02.jpg

Les  préparatifs

Vers midi une foule de parisiens se dirige vers la place Vendôme où est prévue à 14 heures la démolition de la colonne, symbole pour certains membres de la Commune, du despotisme, du parjure du 18 brumaire jusqu’à la honte de Sedan, le tout couronné par deux invasions. Les balcons et les fenêtres des rues de la Paix et de la rue de Castiglione, ainsi que ceux de la place sont occupés  par un grand nombre d’officiers, d’officiels et de curieux. Cependant, les ouvriers travaillent encore sur l’échafaudage masqué par une toile. Les uns agrandissent l’ouverture jusqu’à l’escalier, assez large pour livrer passage à un homme, les autres continuent du côté de la rue de Castiglione, à scier horizontalement la pierre, en observant une légère inclinaison. L’entaille représente un tiers, et la partie sciée un autre tiers. L’ingénieur Jules Iribe « Ingénieur civil, membre du Club Positiviste de Paris", et agissant en cette qualité »  s’était engagé par contrat, à procéder à la destruction de ce monument, le 5 mai, jour anniversaire de la mort de Napoléon I°. Il lui avait été alloué pour ces travaux 28000 francs, avec un dédit de 500 francs par jour de retard. L’entrepreneur Ismaël Abadie était chargé de diriger les travaux. Des artilleurs barrent la rue de la Paix, et filtrent le public pour laisser circuler sur la place ceux qui sont munis de laissez-passer. La rue Neuve des Petits-Champs est barrée par des artilleurs  montés à cheval, la carabine au poing, ainsi que  la rue de Castiglione, où des curieux se pressent pour apercevoir une dernière fois dans un ciel sans nuage, cette  colonne où un drapeau rouge fixé à la balustrade, flotte mollement, et masque par moments le visage de l’effigie de l’empereur. Trois cordages attachés au sommet pendent en attendant d’être fixés au cabestan.

Un lit de fascines, de fumier et de sable a été répandu dans l’axe de la rue de la Paix, pour amortir les vibrations. Les devantures des boutiques sont toutes fermées,  et les fenêtres de la place sont couvertes de bandes de papier collant. Dans la foule de plus en plus dense (environ 20.000 personnes) des rumeurs circulent :  « La chute, va provoquer l’effondrement des égouts de l’Opéra ! La colonne va s’écraser sur les maisons de la place ! »   Appuyé contre la grille entourant le monument, un jeune commandant d’un bataillon de  « Turcos » se tient debout vêtu d’un pantalon, d’un   képi et d’une  vareuses rouge sur laquelle  scintillent une triple rangée d’aiguillettes d’or. Sur la place, à l’heure prévue, la  musique du 190 °bataillons de la Garde nationale dont les cuivres étincellent,  entonne la « Marseillaise » ; le « Chant du Départ »  Devant le ministère de la justice au numéro 10 de la place Vendôme, le général Bergeret 40 ans  occupe l’état –major de  la place Vendôme. Il avait été  chargé de l’organisation et la direction de tous les services militaires. C’est un homme maigre, aux  cheveux noirs, le teint bistré, dont la physionomie reflète l’énergie, ou plutôt l’opiniâtreté ; il a été  désigné pour présider cet évènement.  

Colonne Jules Bergeret.jpg

Bergeret

 

colonne jules Miot.jpg Jules Miot 61 ans, délégué du XIX ° arrondissement, l’ancien pharmacien, de grande taille avec sa longue barbe blanche, Félix Piat 60 ans, déguisé en dompteur avec deux revolvers à la ceinture, Gustave Tridon,  30 ans, fils de parents riches, élève du lycée Bonaparte (Condorcet), devenu socialiste à Sainte-Pélagie sous l’influence de Blanqui son voisin de cellule,  avocat, élu du V°, le visage pâle. Gabriel Ranvier, 42 ans peintre sur laque, maire du XX °, Théophile Ferré 24 ans du 152°  bataillon, élu du XVIII ° arrondissement, tout petit, le nez busqué, le visage envahi par une barbe noire. Tous ces membres de la Commune  ceints de leur écharpe rouge à glands d’or, attendent solennellement le « déboulonnement » . Georges Cavalier polytechnicien,  ingénieur en chef des promenades et jardins dit  « Pipe en Bois », s’affaire, allant des hommes de peine en train d’épaissir le lit de sable,  de fascines et de fumier, destiné à amortir la chute,  à d’autres manouvriers parmi lesquels le « Piémontais ( ?) » qui  entourent le cabestan ancré à la bouche d’égout de la rue de la Paix que l’on avait omis ou négligé d’étayer. Georges Cavalier  va et vient sans cesse d’un groupe à l’autre.( Edmond de Goncourt note dans son journal qu’à cet instant, étant dans le jardin des Tuileries, « dans l’allée qui regarde la place Vendôme, des chaises jusqu’au milieu du jardin ; et sur ces chaises, des hommes et des femmes qui attendent de voir tomber la colonne de la Grande Armée…Je m’en vais (…) quand je repasse à 6 heures dans les tuileries, là où fut le bronze autour duquel s’enroulait notre gloire militaire, il y a un vide dans le ciel et le piédestal tout plâtreux montre, à la place de ses aigles, quatre loques rouges voletantes »).Sa rancœur aurait été encore plus grande  si il avait vu son ennemi juré « Pipe en bois » superviser les opérations de démolition . 

Simon Mayer (du 61° bataillon de la Gn de Montmartre), chef d’état-major commandant  de la place, monte par l’escalier intérieur sur la plateforme du sommet de la tour pour enlever le drapeau rouge qui y était planté. La colonne  avait été sciée horizontalement au-dessus du piédestal, une entaille en biseau avait été faite pour faciliter la chute en arrière sur le lit de fagots de sable et de fumier. Les ouvriers font tomber les débris de pierres réduites en poussière. La toile de l’échafaudage est enlevée. Des dessinateurs prennent des croquis. 

15 heures 30 :

Les ouvriers descendent de l’échafaudage. On fait éloigner tout le monde. Chacun se range autour de la place. Le breton Glais-Bizoin (qui eut Emile Zola pour secrétaire) cédant à un mouvement d’ardeur juvénile se découvre et félicite Théo Ferré le nouveau délégué à la police en remplacement de Cournet.  

COLONNE CABSTAN archives.jpg

 Le fameux cabestan rue de la Paix 

La musique joue la « Marseillaise », c’est l’heure tant attendue. Le silence se fait, la foule retient son souffle, les câbles se tendent sous l’action du cabestan qui tourne mais soudain, Craaac …. la poulie se brise, un homme est blessé. Des membres de la Commune, l’entrepreneur, l’ingénieur et Georges Cavalier se précipitent vers le cabestan. Dans la foule des rumeurs de sabotage circulent.

Georges Cavalier, surnommé "Pipe en bois" par Jules Vallès

Les officiels arrivés près du treuil défaillant pressent l’entrepreneur de le  remplacer dans l’heure qui suit sous peine de poursuites. L’ingénieur Iribe part chercher une autre poulie. Pendant ce temps sur la place, on déplace des canons qui étaient restés autour de la grille et qui risquaient d’être écrasés, ainsi que la lunette de « l’Astronome » ; celui-ci  installé en permanence sur la place,  racontait moyennant finances à l’aide de son instrument l’histoire du ciel. La lunette de Galilée, pendant les préparatifs du chantier, avait servi de cantine aux bataillons chargés de surveiller les opérations. On enlève également le milieu de la barricade construite en pavés Le temps s’écoule, la musique fait patienter la foule, on descend des chaises du ministère pour des dames auxquelles des soldats galants offrent des rafraîchissements, les fenêtres et les balcons  se vident des invités de marque et se réunissent dans le grand salon, orné d’un tableau de Daubigny (Membre de la Fédération des Artistes de la Commune) « La Moisson ».

colonne Protot.jpgL’avocat Eugène Protot 32 ans, élu du XI °, « Ministre » de la justice, préside la réception ou sont conviés amis, journalistes et élus. Des petits groupes se forment, certains commentent la prédiction de Henri Heine trente ans plus tôt : 

« Déjà une fois, les orages ont arrachés du faîte de la colonne Vendôme l’homme de fer qui pose sur son fût et en cas que les socialistes parvinssent au gouvernement, le même accident pourrait lui arriver une seconde fois, ou bien même la rage d’égalité radicale serait capable de renverser toute la colonne afin que ce symbole de gloire fût entièrement rasé de la terre. »

A 16 heures des ouvriers remontés sur le piédestal augmentent l’entaille du fût à coups de pioche et enfoncent des coins dans la blessure au bas du piédestal de la colonne.

 

 Des vétérans racontent qu’en 1814  des royalistes, au cours d’une manifestation conduite par le marquis Maubreuil d’Orvault, avaient tenté, en s’aidant d’un cordage fixé au sommet de la tour et relié à des attelages, de renverser la colonne,  et  avaient  vu la corde céder. On fit alors appel au sculpteur Chaudey qui avait exécuté la statue du César Napoleon fit scier les pieds de la statue, et la fit descendre à l’aide d’un treuil. Un ouvrier déroba le globe surmonté d’une « Victoire Ailée » que l’empereur tenait dans sa main gauche. Ce vol permit la conservation de cette œuvre, car le reste du monument de Chaudey  fut  fondu et servit à la réalisation de la statue équestre d’Henri IV sur le  Pont Neuf. La cime  de la colonne  fut ornée d’un immense drapeau à fleurs de lys. L’histoire de cette « Victoire » ne s’arrête pas là…

En 1833 Louis-Philippe quand il fit refaire une statue par le sculpteur Seure, imposa à celui-ci d’inclure dans son ouvrage le  globe terrestre surmonté de la « Victoire ailée » ( qui avait été retrouvés chez un receleur) et que César devait tenir dans sa main droite, ce qui fut fait. Un badaud, goguenard, raconte qu’au siècle dernier, vécut Reine Violet, la petite-fille de la mère Roquille tenancière du cabaret borgne du chemin boueux  de l’égout de la Grande-Pinte, aujourd’hui rue de la Chaussée d’Antin (emplacement de l’église de la Trinité). Cette jeune fille, crieuse de l’ « Ami du Peuple », le journal de Marat  voulant se pendre par dépit amoureux à la statue équestre de Louis XIV sur cette même place,  fut écrasée par la chute du monument qui avait été désolidarisé de son socle en vue aussi de son déboulonnement..

……………………….

Les officiels arrivés près du treuil défaillant pressent l’entrepreneur de le  remplacer dans l’heure qui suit sous peine de poursuites. L’ingénieur Iribe part chercher une autre poulie. Le temps s’écoule, la musique fait patienter la foule

17 heures 15

La musique se tait brusquement. Un officier paraît sur la balustrade, enlève le drapeau rouge qu’il remplace par un  étendard tricolore et le fixe à la grille ; les ouvriers quittent l’échafaudage. Protot et ses invités reprennent place au balcon et pour la seconde fois au signal du clairon les gardes nationaux déblayent la place. L’officier a disparu. Il descend l’escalier. Sous l’effort conjugué d’une demi-douzaine d’hommes  le cabestan vire, les trois câbles se tendent et se rejoignent lentement. Un grand silence se fait, Tantôt les regards se portent alternativement sur la partie sciée et sur la statue. La foule autour de la place retient son souffle. Un nuage blanc passe dans le ciel, et dans sa marche on croit sentir  bouger la colonne…. Ceux qui sont sur le balcon du ministère voient le monstre frémir, osciller, résister une dernière fois, puis s’incliner vers la rue de la Paix., se casser dans le ciel en trois morceaux

 

Colonne cassée en trois le sabbat rouge 02.jpg

 

formant un zigzag, et tomber sur le lit de fagots qui sous l’impact sont éparpillés de part et d’autre à plus de dix mètres, des débris jonchent le sol. Le bruit sourd  est couvert par une clameur qui jaillit de la foule électrisée qui lance des : -«  Vive la République ! Vive la Commune ! » Un nuage de poussière obscurcit un instant la place. Ne reste  au milieu, que le socle débarrassé de ses quatre aigles impériales juchées au sommet qui avaient été sciées la veille.

 

Les 76 anneaux de granit recouverts de 354 fines plaques  de bronze sont à terre. L’empereur gît sur le dos, décapité. Sa tête couronnée de lauriers a roulé sur le sol jusqu’au bord du trottoir. Un ouvrier, machinalement la repousse du pied pour la rapprocher du corps mutilé. Le bras droit s’est brisé dans la chute.

 

COLONNE BRAQUEHAIS empereur à terre.jpg

Photo du photographe sourd et muet Bruno Braquehais (un des rares photographes réstés à Paris)

La  boulle surmontée d’une victoire ailée (encore elle !) que César tenait dans sa main droite, s’est également détachée, elle fut dérobée par un concierge de la place Vendôme celui-ci la revendit à un anglais qui la ramena dans son pays. Les descendants anglais de ce receleur la restituèrent et en firent don au château de la Malmaison où elle se trouve actuellement. (une copie est posée sur une cheminée dans un salon de la Fondation Dosne Thiers place Saint--Georges)

 

 Des badauds rompent le barrage des sentinelles et se précipitent pour ramasser des trophées. La mince pellicule de bronze recouvrant les anneaux de pierre est surveillée étroitement par des gardes nationaux. Le métal doit être renvoyé à l’Hôtel de la Monnaie pour y être fondu. Le drapeau rouge fixé par un officier de marine flotte sur le piédestal resté debout. L’acteur Adolphe l’escalade, et le bras tendu vers le ciel, sa tunique de garde national ouverte sur la poitrine, déclame : -« Je n’ai jamais chargé qu’un être de ma haine ! -Soit maudit ô Napoléon ! » Mais on ne le laisse pas poursuivre, on veut entendre Bergeret qui fait une  brève intervention. Il est suivi par Miot qui plus longuement, fait un discours convenu. Après lui Ranvier dit exactement la même chose en changeant l’ordre des phrases. Pendant ce temps, la foule bourdonne autour de la colonne, des groupes posent devant l’objectif de Bruno Braquehais, le photographe du boulevard des Capucines. Dans les salons du ministère, Gustave Courbet, le visage sombre montre à ses amis un monceau de lettres anonymes le menaçant de toutes sortes de tourments et lui faisant voir l’avenir avec inquiétude. Il dit alors à Jules Vallès : « Elle m’écrasera en tombant, vous verrez »

 

Jules Vallès

  Sur la place, la foule se faisant plus pressante, un peloton d’artilleurs à cheval arrive au grand trot pour dégager la place,  tandis que des musiques aux accents des « Girondins » entraînent un millier de personnes vers l’Hôtel de Ville où se sont transportés Miot, Champy et Ranvier pour  annoncer que la place Vendôme s’appellera désormais : 

 « Place Internationale ». 

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Principales sources

Louis fiaux ;  Histoire de la guerre civile de 1871 G.Charpentier 1879

Jules Claretie ; Histoire de la révolution de 1870-1871 ; Aux bureaux du journal « l’Eclipse » Paris 1872 

Journal Officiel de la Commune réimpression de1872

Maxime Vuillaume ; Mes cahiers rouges au temps de la Commune ; Babel 1998

P.O.Lissagaray ; Histoire de la commune de 1871 ; La Découverte Paris 2000

Jules Andrieu ; notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris de 1871 Spartacus Paris Sans date.

Georges Cavalier ; Les Mémoires de « Pipe-En-Bois » Champ Vallon 1992

Archives de la préfecture de police.

Archives de Paris (remerciements Christiane Filloles)

E. et Jules de Goncourt Journal Tome II ,  Laffont , Paris, 1989

William Serman La Commune de Paris, Fayard Paris, 1986

Lucien Descaves, Souvenirs d’un ours, Les Editions de Paris 1946

Jean Maitron (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier,

Procès verbaux de la Commune de 1871, T.1., Emile Leroux, Paris 1924

 Jules Castagnary, notes de Bertrand Tillier, Gustave Courbet et la colonne Vendôme, Plaidoyer pour un ami mort,  Du Lérot éditeur, Tusson, Charente

Archives Pierre Henry Zaidman

Un témoignage haineux parmi une centaine : Abbé Lamazou  : Le renversement de la colonne Vendôme, 12° édition, De Soye Paris 1873

Archives B.V

Ouvrage collectif : Guide des sources de la Commune et du mouvement communaliste avec le soutien de la Ville de Paris et des Archives nationales, La Documentation Française, Paris 2007

Mémoire archives de la G.n par Remy Valat.

Mise à jour le 17/12/2010 et le 15/05/2011

 

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Les Mauté et Mathilde Verlaine.

Par Bernard Vassor

Mauté dite de Fleurville cadre hauteur.jpg
Antoinette Flore Chariat
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Nous pouvons rectifier les inexactitudes d'une biographie, grâce à Michael Pakenham, un des verlainiens les plus éminents, qui est l'éditeur de la Correspondance Verlaine, et a préfacé aux éditions Champ Vallon les "Mémoires" de Mathilde (en 1992)
Dans ses mémoires : "Ex-Madame Paul, Verlaine, Mémoires de ma vie", l'épouse de Paul Verlaine donne une version arrangée,de sa biographie, de celle de sa famille, et de ses relations avec Arthur Rimbaud. Tout d'abord, sa mère : Antoinette Flore Chariat
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Le premier mari d'Antoinette, était le "marquis" Louis de Sivry, né en 1810. Son père Michel Sivry, exerçait en réalité la noble profession de chapelier ! Charles Erhard de Sivry est né de cette union le 17 novembre 1848. Son second prénom Erhard, le prédestinat-il à une carrière de pianiste ? Louis de Sivry mourut quatre mois plus tard.  Le veuvage d'Antoinette dura trois ans. Elle épousa en seconde noces Théodore-Jean Mauté "de Fleurville"  (mort en 1887)
Mauté père Cadre hauteur.jpg
Théodore-Jean Mauté, Fleurville De Puipeu......
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Mathilde est née le 17 avril 1853 à Nogent-le-Rotrou.
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Michaël Pakenham, Correspondance générale Paul Verlaine Tome I Fayard 2005 

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LES POESIES DE LAUTREAMONT, QUELQUES REPERES BIBLIOGRAPHIQUES suite

Par Bernard Vassor 

Poesie Gabrie lautreamont.jpg
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Nous ignorons aujourd'hui le nombre d'exemplaires qui furent tirés de ce recueil. Quand aux "Chants de Maldoror", c'est en 1874 que le successeur de l'éditeur Lacroix remit en vente ce qui fut et est considéré comme l'édition originale. D'après François Caradec, Isidore a choisi le pseudonyme de Lautréamont pour lui éviter d'être confondu avec un certain baron Albert Ducasse.

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Henri-Antonin Dubost, mort au champ d'honneur en "EROS" au 10 rue des Martyrs

PAR BERNARD VASSOR

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Henri Antoine Balthazard Dubost.
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Henri-Antonin Dubost est né en 1844 à L'Arbresle dans le Rhône, mort en "éros", victime de son devoir en 1923 à Paris 10 rue des Martyrs. Avocat de profession, le 4 septembre 1870 le vit secrétaire général de la préfecture de Police, puis préfet de l'Orne en 1871. Il devint conseiller d'État en service ordinaire, directeur du cabinet de M.Cazot(ça ne s'invente pas !) ministre de la justice en 1878. Élu président du Conseil général de l'Isère, rapporteur du budjet (1892-1893) ministre de la justice dans l'éphémère cabinet de Casimir Périer (décembre 1893-mai 1894), c'est lui, alors Garde des sceaux qui signa ce que l'on a appelé à l'époque "les lois scélérates" (13 décembre 1893).
Un 49/3 avant l'heure :
 "M. Dubost lut le texte et, après cette lecture rapide d'un texte compliqué, invita la Chambre, en posant la question de confiance, à décider l'urgence et la discussion immédiate et à voter, séance tenante, le projet de loi du gouvernement."
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Il a collectionné les postes de présidents, vice-président de ceci et de cela. Président du Sénat en 1906 en remplacement de Fallière et surtout président "des pères-la-pudeur"* Le 16 avril 1921 Il succomba comme le président "Félisque"Faure et le cardinal Daniélou après un massage spécial au premier étage du numéro 10 de la rue des Martyrs. Cette maison, datant sans doute de la fin du XVIIIè selon le marquis de Rochegude abrita de temps immémoriaux des pensionnaires chargé du bien-être des ecclésiastiques et des bourgeois de toutes sortes. Le Guide Rose de 1934 donne le prénom de la sous-maîtresse : Jeannine. Les dossiers des archives de la prefecture indiquent à cette adresse en 1860, un atelier de photographies : Froger et Guillochin. Pour ne pas être accusé de publicité clandestine, je dois citer trois autres établissements de commerce de proximité. Les maisons concurrentes rue des Martyrs entre 1914 et 1928, étaient la maison Chevrel Léontine au 13, Chez Collin Irma dite "Frou",  et la maison de rendez-vous au 35 chez Berry Jenny et madame Bernard.
*Gérard de Lacaze-Duthiers, Les laideurs de la Belle Époque, La Ruche ouvrière 1956
Les articles en ligne sont muets sur la cause de sa mort !!!!
mise à jour le 17/10/2010 

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Les Chants de Maldoror

PAR BERNARD VASSOR


D'après une étude de Rémy de Gourmont ;

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Au 7 rue du faubourg Montmartre au pied de l'immeuble, dans la courette, où est mort Lautréamont.
LES CHANTS DE MALDOROR
Chant premier, Par *****,¨Paris
Imprimerie de Balitout, Questroy et Cie, 7 rue Baillif. Aout 1868, in-8° un peu grand de 32 pages sous couverture vert clair (pris 30 centimes).
Cette édition originale diffère de l'édition complète de Lacroix et Verbokoven**du 15 boulevard Montmartre. Certaines scènes sont typographiées à la manière du théâtre.
Il existe aussi de nombreuses corrections dans le premier chant.

"Les Chants de Maldoror" restés inachevés après le sixième chant. Lautréamont est malade, conscient de sa folie qu'il qualifie lui-même en faisant s'apostropher Maldoror par son énigmatique crapaud :

"Ton esprit est tellement malade qu'il ne s'en aperçoit pas, et que tu crois être dans ton naturel chaque fois qu'il sort de ta bouche des paroles insensées, quoique pleines d'une infernale grandeur"

Sur le point de mourir, il rédige dans un état fiévreux deux volumes de poésies, dont voici les références bibliographiques :

Poésie I :

"Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie". Paris, journaux politiques et littéraires. Librairie Gabrie, passage Verdeau, 25, 1870, fascicule de 16 pages in-8°, sous une couverture saumon très clair. La couverture porte sous le titre :

Prix 1 franc;

et à la quatrième page :

Avis.

"Cette publication permanente n'a pas de prix. Chaque souscripteur en fixe lui-le montant. Il ne donne du reste que ce qu'il veut. Les personnes qui recevront les deux premières livraisons sont priées de ne pas les refuser, sous quelque prétexte que ce soit."

Paris imprimerie de Balitout Questroy et Cie, 7 rue Baillif.

La deuxième livraison porte au verso de la couverture imprimée :

Envoi, puis au dessous :

Le gérant

I.D*

rue du faubourg Montmartre, 7.

Le fascicule a été déposé au ministère de l'Intérieur dans la semaine du 16 au 23 avril, et le fascicule II, dans la semaine du 18 au 25 juin 1870.

Dédicace :

"A Georges Dazet, Henri Mue, Pedro Zomaran, Louis Durcour, Joseph Bleumenstein, Joseph Durand.

A mes condisciples Lespès, Georges Minvielle, Auguste Delmas; Aux directeurs des revues Alfred Sircos, Frédéric Damé; Aux amis passés présents et futurs; A monsieur Histin, mon ancien professeur de réthorique; sont dédiées une fois pour toute les autres, les prosaïques morceaux que j'écrirai dans la suite des ages, et dont le premier commence à voir le jour d'hui, typographiquement parlant"

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25 PASAGE JOUFFROY

*I.D. Isidore Ducasse bien sûr...

Voici ujne lettre de Ducasse adréssée à son "tuteur", le banquier Darasse chargé par son père de lui verser  une pension mensuelle :

Lettre de Lautréamont à Darasse

22 mai 1869

Monsieur,

C’est hier même que j’ai reçu votre lettre datée du 21 mai  ; c’était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l’occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi : parce que, si vous m’aviez annoncé l’autre jour, dans l’ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s’épuisaient, je n’aurais eu garde d’y toucher  ; mais certainement, j’aurais éprouvé autant de joie à ne pas écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire. Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit par la bizarrerie de mon père  ; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m’empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu’ici une feuille de papier à lettre venue de l’Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté ; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu’on pardonne aisément à un vieillard, et qui m’ont paru, à la première lecture, avoir eu l’air de vous imposer, à l’avenir peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d’un monsieur qui vient habiter la capitale…

… Pardon, Monsieur, j’ai une prière à vous faire : si mon père envoyait d’autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir ? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour ; mais vous n’auriez qu’à m’écrire un mot, et il est probable qu’alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule…

… Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité ! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire ; après avoir réfléchi beaucoup, je confesse qu’elle m’a paru remplie d’une notable quantité d’importance nulle.


À Monsieur Darasse

Paris, 12 mars 1870

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. J’ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais, une fois qu’il fut imprimé , il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu’il craignait le procureur-général. C’était quelque chose dans le genre du Manfred de Byron et du Konrad de Mieçkiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. l’édition avait coûté 1 200 f, dont j’avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l’eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d’aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c’est qu’elle est radicalement fausse ; par cette raison qu’on y discute les principes, et qu’il ne faut pas les discuter : c’est plus qu’injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l’ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l’ombre, le sombre, etc., c’est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher. Voilà pourquoi j’ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l’espoir, l’espérance, le CALME, le bonheur, le DEVOIR.Et c’est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens, et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans quatre ou cinq mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages ; chez Al. Lemerre. C’est ainsi qu’il verra que je travaille, et qu’il m’enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander, si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l’argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre.Et, en ce cas, il aurait fallu 200 f., pour l’impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. s’il n’avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l’écrire ?

J’ai l’honneur de vous saluer. I. Ducasse,

15 rue Vivienne.

Catégories : Livres | Lettres

 


Paris, le 9 novembre 1868. 

Monsieur,

Auriez-vous la bonté de faire la critique de cette brochure dans votre estimable journal. Pour des circonstances indépendantes de ma volonté, elle n'avait pu paraitre au mois d'août. Elle parait maintenant a la librairie du Petit Journal, et au passage Européen chez Weil et Bloch. Je dois publier le 2e chant à la fin de ce mois-ci chez Lacroix.    Agréez, Monsieur, mes salutations empressées.

L'Auteur.

 

 


22 mai 1869 

Monsieur,

C'est hier même que j'ai reçu votre lettre datée du 21 mai; c'était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l'occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi: parce que, si vous m'aviez annoncé l'autre jour, dans l'ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s'épuisaient, je n'aurais eu garde d'y toucher; mais certainement j'aurais éprouvé autant de joie à ne pas vous écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire.

Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit vaguement par la bizarrerie de mon père; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m'empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu'ici une feuille de papier à lettre venue de l'Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu'on pardonne aisément à un vieillard, et qui m'ont paru, à la première lecture, avoir eu l'air de vous imposer, à l'avenir, peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d'un monsieur qui vient habiter la capitale...

Pardon, monsieur, j'ai une prière à vous faire: si mon père vous envoyait d'autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour; mais vous n'auriez qu'à m'écrire un mot, et il est probable qu'alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule... Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire; après avoir réflechi beaucoup, je confesse qu'elle m'a paru remplie d'une notable quantité d'importance nulle...



 

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 

 

Lettre à Poulet-Malassis

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

Au même

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.


 

 


Paris, 12 mars 1870. 

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne

4. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 


 

5. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

6. Lettre à POULET-MALASSIS

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.

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7. Lettre à Monsieur DARASSE

 


Paris, 12 mars 1870.  Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard. Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne.

Pour conclure provisoirement : Après sa mort, Isidore fut inhumé au cimetière Montmartre. Comble de malheur, peu de temps après, sa tombe fut la cible d'un obus prussien pendant la guerre de 1870 !

Mise à  jour le 17 décembre 2010 du 25 juin 2008 sur ce même blog

**L'éditeur des "Misérables", ayant aussi un pied à Bruxelles. Le roman étant interdit en France.

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16/12/2010

La démolition de la maison du petit homme aux talonettes....

 

Par Bernard Vassor

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Recherche de réfractaires pendant la Commune de Paris à l'église Notre Dame de Lorette (archives B.V.).

Il y eut bien des vols organisés, mais pas toujours pour le bénéfice de ceux que certains accusaient, se basant sur les racontars de journaux haineux et malveillants. On retrouve encore aujourd’hui les mêmes « canards »à propos des évènements de la Commune de Paris.

Depuis la fuite à Versailles de "l’homme à la houpette et aux talonettes", la maison fut gardée successivement par 6 bataillons du XVIII° arrondissement : le 37°, le 61°, le 64°, 79°, 124° et le 158°. Mais, c’était surtout la douzième compagnie du 64° Bataillon, composée d’environ 55 hommes dont 24 restés en permanence, ont assuré la surveillance et la garde de l'hôtel. Ce bataillon était commandé par le capitaine Henri Jean-Baptiste Paupardin*, entrepreneur de menuiserie, chanteur lyrique à l’occasion, habitant 54 boulevard de la Chapelle. Le 14 avril, dans la matinée, l’hôtel fut fouillé ; on y saisit des papiers et de l’argenterie. On peut lire dans le J.O. p359 le document daté du 18 avril suivant : Nous soussignés gardes nationaux à la 7° compagnie du 32° bataillon, protestons avec énergie (…). Il a été fait une perquisition par les soins d’un envoyé de la Commune, assisté de 2 personnes pourvues d’un mandat régulier (…). Les employés du citoyen Thiers qui n’ont pas quitté l’hôtel peuvent attester la véracité de ce que nous avançons.

Paris le 19 avril 1871
Le chef de poste : Maury, rue Marcadet, 167  ; le caporal : E.Cadot, rue Ramey, 38 ; Roland ; E.Choquier ; A.Lebeguy ; Morel ; F.Jolivet ; Mesure ; Marçaire ; Zizeau ; Poncelain ; Vagner ; E.Busigny ; Jakol ; Fournier ; Ed.Gaumond ; Constant.
Vu et approuvé pour la 7° compagnie du 32° bataillon.
Ont signé, pour les employés présents à l’hôtel : Pouzas Felix, valet de pied, Challet David, concierge de l’hôtel.

(Rectification des erreurs ou omissions du J.O de la Commune : Cadot Eugène était libraire, Mesurel François, entrepreneur de menuiserie, 37 rue Ramey, Lebègue Alphonse était épicier au 42 rue Ramey, Morel Paul, marchand de nouveautés, Choquier Henri, 22 rue Norvin, était employé, Wagner Frédérique, facteur de piano imp. Pers 2 ( ?).

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Thiers pleurnichant devant les ruines de sa maison : -"Je n'ai plus ni feu ni lieu, voilà ce que l'on gagne à servir son pays !" L'assemblée nationale venait de lui voter un crédit de 1million cinquante trois milles francs pour la reconstruction "à l'identique" de sa maison de la place Saint Georges

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Article publié en partie sur le site terres d'Ecrivains

Mise à jour le 16/12/2010  

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Jules Fontaine.

Jules Fontaine dût répondre des vols commis ce jour là, devant le 5° conseil de guerre qui tenta de le faire passer pour un voleur et le condamna à 20 ans de travaux forcés.

Dans une des lettres inédites, Louise Michel semble indiquer que Fontaine aurait gardé des « documents compromettants pour Thiers ». Andrieu, de son côté, laisse entendre dans ses souvenirs à peu près la même chose.

Pendant ce temps, la séance de la Commune, convoquée à 2 heures précises, se réunit à 3 heures et demi sous la présidence de Félix Pyat, démissionnaire la veille du Comité de salut public. La démolition est à l’ordre du jour, mais ne sera évoquée que vers huit heures moins le quart.

A l’heure prévue du « démontage » (16h), les délégués sont là : Jules Andrieu, maigre, voûté, borgne (il s’était à l’âge de dix ans crevé l’œil droit avec un ciseau en voulant défaire un nœud de ses lacets de soulier), Eugène Protot, Jules Fontaine, Gaston Da Costa, de très petite taille (on croirait un enfant - il n’a pas encore 21 ans), le teint blanc, un peu ridicule avec son pince-nez, son chapeau haut-de-forme, le col de sa veste rabattu, substitut du procureur de la Commune. Le commissaire de police du quartier Saint-Georges, Noguès, les accompagne. Il ne semble pas que les délégués de la Commune, du neuvième arrondissement, Guérin, l’agent d’affaires du 57 rue du faubourg Montmartre et Portalier, le bottier de la rue de Châteaudun, nommés après l’éviction de Bayeux-Dumesnil, soient sur place.

Archives de la pPo, archives de Paris, archives B.V.

Ci dessous de gauche à droite:

Gaston Da Cota

Protot  et Barhélémy Saint Hilaire

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Ernest Daudet, perquisition à la recherche de la Dame de Pique.....

 

Par Bernard Vassor

Le commissaire de police du 9° arrondissement Ernest Daudet avait été maintenu en place après la Commune de Paris au commissariat de la rue du 25 faubourg Montmartre , mieux il avait été promu auxiliaire du Procureur de la République ce qui laisse supposer que sa conduite fut exemplaire

pendant la Commune de Paris, et la répression sanglante versaillaise durant la semaine du

même nom ! 

...

Dans le procès-verbal mentionné plus haut, le commissaire fait état d'une saisie opérée chez un libraire, le sieur Vavrand Pierre dans son échoppe du 1 rue Bréda (aujourd'hui rue Henry Monnier). L'objet du délit était un journal satirique sans nom d'imprimeur intitulé

La Dame de Pique : "Nous nous sommes rendus accompagné d'un inspecteur du service du Contrôle Général, rue de Bréda N°1, chez le sieur Varand Pierre libraire où nous avons saisi deux exemplaires de l'écrit en question exposé à la porte de la boutique. La dame Varand nous a déclaré que ces deux exemplaires lui ont été remis il y a deux ou trois jours et qu'elle n'en a pas vendu".

L'opération s'est déroulée le 5 septembre 1872.

La République de monsieur Thiers n'avait rien à envier en matière de censure et de répression à l'empire de monsieur Badinguet.

Source : archives de la préfecture de Police.

Mise à jour le 16/12/2010

 

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