17/03/2009

Fernando, Medrano, Bouglionne, trois grands noms du cirque, une seule adresse

Par Bernard Vassor
cirque medrano largeur.jpg

Boulevard Rochechouard


medium_medrano_champion.jpgMédrano n’est plus.
Notre vieux cirque de Montmartre
sera peut-être remplacé
par une merveille architecturale,
mais les Montmartrois se compteront
qui la considéreront d’un œil sympathique…
L.R Dauven*


99 ans exactement après sa construction , a été entamé la démolition du plus prestigieux cirque de Montmartre.
Construit d'août 1874 à juin 1875, le cirque Fernando, propriété du fondateur, un acrobate Belge de son véritable nom Fernand Beert.medium_cirque_Fernando_affiche_01.jpg

Suzanne Valadon y fut écuyère, jusqu’à cet accident qui interrompit sa carrière équestre. Les peintres impressionnistes furent nombreux à célébrer l’endroit, Renoir, Georges Seurat, Toulouse-Lautrec, Anquetin,Renoir et Degas,medium_CHAT_NOIR_JOURNAL_article_05.jpg. Vers 1905, c'est Picassoaccompagné de Fernande Olivier et Max Jacob, qui fréquentait Médrano 3 ou 4 fois par semaine. Il adorait les clowns qu'il retrouvait au bar" dans l'odeur d'écurie qui montait chaude et écoeurante"(...) je n'ai jamais vu Picasso rire d'aussi bon coeur qu'à Médrano, il s'y amusait comme un enfant"*
Les jours de relâche, la salle était louée pour des conférences ou bien des réunions électorales.

C'est ainsi que l'on put entendre Victor Schoelcher et Maria Deraisme pour une série de conférences anticléricales, Clémenceau y tint même une réunion éléctorale, le communard fou, Charles Lullier rentré d'exil, y donna plusieurs exposés scientifiques...., des comités de grève tenaient là leurs assemblées.

*Administrateur du musèe de Montmartre

CIRQUE_Fernando_Auriol.pdf

En 1897, le clown Gérôme Médrano dit Boum-Boum racheta à Fernand Beert le créateur du cirque et lui donna son nom. A sa mort le 27 avril 1912, c'est la veuve de Gérome Blanche-Mathilde qui prit sa succession et lui redonna son lustre d’antan. En pleine guerre en 1915, une véritable révélation va secouer Médrano, un trio dont on imagine mal l'enthousiasme dont il futl'objet, ce sont les Fratellini. En 1916 Jacques Copeau, fondateur avec Suzanne Bing d'une école de comédiens, recommande à ses élèves la fréquentation et l'observation du spectacle du trio Fratellini à Medrano.
En 1933, une grande exposition eut lieu au cirque Medrano, où figuraient des oeuvres de Granville, Gustave Doeé Daumier et Picasso.
Serge, l’historien du cirque rappelle les noms prestigieux qui enchantèrent le public : « les rois du rire » Grock, Rhum et son meilleurs partenaires Charles Manetti dans le rôle du clown blanc,Porto, Rastelli qui fut considéré comme le meilleur jongleur de tous les temps, les Codonas et les Fratellini qui y donnèrent des spectacles mémorable jusqu’en 1963, année du dernier spectacle après la vente aux Bouglione qui n’en firent un cirque que par intermittence. Ils louèrent la salle à des commerçants qui en firent une brasserie munichoise.
Le dernier spectacle de cirque fut donné par la dompteuse Catherine Blankartqui menât la parade finale du cirque Montmartrois. Une consolation tout de même, les Bouglione obtinrent quand même des promoteurs et des édiles, que la majorité des logements soient réservés au "gens du cirque"


*Charles Manetti tantôt clown blanc, tantôt Auguste, fut aussi le complice de Maîss, le formidable équilibriste sur fil, la dynastie des Manetti continue avec "Guytou", qui hante encore les lieux. Le café des artistes est toujours à sa place au coin de la rue des Martyrs.
L'article qui est reproduit dans cet article est extrait du journal "Le Chat Noir" du 5 mai 1888, il est signé : Baron B...

**Souvenirs de Fernande Olivier.

mise à jour le 17 mars 2009

09:28 Écrit par vassor dans La mémoire des pierres | Lien permanent | Commentaires (4) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

07/12/2006

La Guinguette de la barrière des Fossés-Saint-Martin

medium_Frabricant_de_figurines_de_cire_94_rue_de_Bondy_05.jpg

 Par Bernard Vassor

 C'est dans cette ancienne rue des Fossés Saint-Martin* qu'une guinguette était installée au temps de Louis XIV. Cette  maison était  le type parfait qui était resté intact  d'une maison du XVII° siècle près de l'ancienne porte de la Ville à l'entrée du faubourg. L'historien Charles Lefeuve note : 

(rue de Bondy)-" le 96 ne s'éleva pas tout d'une pièce, mais il en sortit sous Henri IV, d'un plan de choux, avec un des ses pareils, qui est encore avec lui côte à côte" 

Il n'a au dessus de l'entresol que sept mansardes ardoisées au premier étage, et encore au dessus, symétriquement à droite et à gauche sur le toit, deux mansardes avec encadrement de pierre de la même époque. Il  faut ajouter qu'il peut être démoli d'un jour à l'autre (écrit en 1914, fort  heureusement, cette maison ayant subi quelques transformations minimes est toujours debout !)

 

Renseignements pris auprès d'une des locataires très aimable de cette maison, les "Bâtiments de France" ont entrepris un travail formidable, redonner à cette maison son aspect d'origine. Menacée de destruction plusieurs fois, une restauration minutieuse a commencé depuis 5 ans environ avec des matériaux récupérés miraculeusement sur place. L'immeuble qui menaçait de s'effondrer a été renforcé de poutrelle métalliques soutenant l'escalier. Les balcons avec les appuis en fer forgé retrouvés ont remplacé ce que nous voyons sur cette photographie (plus haut) datant de 1914)

L a porte d'entrée du XVII° siècle remise en place, Il reste encore quelques détails de restauration, le remplacement des fenêtres en PVC et les deux balcons de la partie droite (photo ci-dessous) L'escalier aux marches usées a dû être gravi par de nombreux clients de la guinguette.    Merci aux "Bâtiments de France" qui ont su préserver un tel lieu.

medium_94_rene_boulanger_escalier_premier_etage.jpgJ'ai un regret  c'est que le "Café de La Nouvelle Athènes" n'ai pas eu de la part des élus de l'arrondissement la même volonté de préservation du symbole même de l'impressionnisme malgré des efforts désespérés pour éviter ce vandalisme municipal.

medium_94_RUE_RENe_Boulanger_06.jpg
Aujourd'hui décembre 2006 94 rue René Boulangermedium_94_rene_boulanger_porte_retrouvee.jpg
*Appelée ensuite rue de Bondy et aujourd'hui rue René Boulanger

 c-contre, la porte d'origine avec l'huisserie retrouvée.

Un seul détail me laisse perplexe, les murs intérieurs de l'escalier sont en marbre rose ? 

 

 

 

 

 

medium_94_rené_boulanger_rue_de_bondy_brasserie.3.jpg
Dans les années 1870, c'est une "Brasserie de filles" qui s'installa rue de Bondy. Lieu de prostitution, où le patron  proxénète ne risqauit pas grand chose. Les filles avaient des chambres au dessus de l'établissement, et aucune obligation sanitaire comme pour les maisons de tolérance n'étaient exigée.Quelques patrons furent parfois condamnés à cinq franc d'amandes pour proxénétisme envers des mineurs.

 

17:50 Écrit par vassor dans La mémoire des pierres | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |