25/06/2012

Sur la mort de Gérard de Nerval et rue de la Vieille Lanterne...

Par Bernard Vassor 

estimation maison rue de la vieille lanterne.jpg

 Cette expertise datée du 3 mars 1792, démontre s'il en était besoin le caractère sordide de ce bloc de maisons où l'on a retrouvé le corps sans vie de Gérard. Le document souligne  le délabrement du quartier  et l'obscurité qui y règne nuit et jour, "eu égard à la largeur de la rue". Les chambres qui la composent ne sont habitées que par des "mercenaires". L'éstimation de la valeur de ladite maison est fixée à 5000 livres.

Signalons que l'enseigne du serrurier se trouvait au début de la rue de la Vieille lanterne, côté gauche en venant, de la Seine, c'est à dire un numéro impair

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Rue de la Vieille Lanterne.jpg

Ludovic Halévy témoignea dans la préface d'une édition de "Sylvie" :
le lendemain soir à minuit, une vieille cabaretière du voisinage : "ça n'a pas arrêté depuis hier...le monde....je l'ai vu encore accroché, le pendu....Vous savez, il ne s'est pas pendu, on l"a pendu....Les pieds touchaient, et il avait son chapeau sur la tête...on a jamais vu une chose pareille....se pendre avec un chapeau sur la tête !..." .
Alexandre Dumas, accouru lui aussi le lendemain, avait questionné la tenancière d'un bouge signalé par une lanterne, qui faisait "aussi" asile de nuit pour les vagabonds. Elle se souvenait avoir entendu frapper vers minuit, mais "sa maison était pleine" alors elle n'a pas ouvert, et quand on est venu lui annoncer au petit-matin qu'il y avait un pendu à sa porte, elle avait d'abord cru que l'homme était congelé.....
Victorien Sardou, lui, est encore pluis précis après avoir superbement décrit le côté sordide et inquiétant du quartier, et de la rue de la Vieille-Lanterne, il raconte :
"A droite de l'escalier, au niveau de la rue Haute*, un palier de bois surplombait la rue Basse donnait accès à une maison borgne dont la destination n'est pas douteuse. Une lanterne sur la porte d'entrée, portait cette inscription : "ON LOGE A LA NUIT". Ce bouge avit une autre porte dans la rue Basse et une  fenêtre au rez-dechaussée, fortement grillée comme toutes se voisines : à gauche, c"était l'égout qui à défaut de sang dont il s'était gorgé si longtemps, ne buvait plus que les eaux ménagères du quartier (...) Gérard, comme Rétif, avait dû vaguer plus d'une fois de ces côtés. La rue de la Vieille Lanterne avait, d'ailleurs pour lui d'autres attractions macabres que son sinistre escalier. A son entrée, place du Châtelet, se tenait un marchand de couleurs qui déclarait posséder une momie, une vraie (?). La momie broyée, donnait un bitume dont la couleur longtemps à la mode, était utilisée abusivement par de nombreux peintres (dont Géricault). Plus loin devant la maison "hospitalère", qui logeait à la nuit, un corbeau apprivoisé sautillait de marche en marche en croassant. Ce corbeau et cette momie était bien faits pour séduire l'imagination de ce pauvre Gérard" (...)"
"Il y avait déjà nombres de curieux aux abords de l'escalier, voisins passants, journalistes, commères surtout, menant grand train. Au petit jour on l'avait trouvé étranglé par le cordon d'un tablier de femme, et suspendu à la fenêtre grillée du rez-de-chaussée, le chapeau sur la tête, les jambes repliées sur le sol. Etait-ce un crime ou suicide ?"  
*Les frères Goncourt, venus également sur place, avaient d'abord confondu dans un premier temps la rue Haute et la rue de la Vieille Lanterne 

La question se pose encore aujourd’hui. Eric Buffeteau qui devrait faire paraître dans les années à venir une magistrale biographie de Gérard sur laquelle il travaille depuis plusieurs dizaines d’années, devrait apporter si mes informations sont bonnes de nouvelles révélations. 

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La polémique abondante et les nombreux témoignages de ses familiers, et des dernières personnes à l’avoir rencontré avant sa mort, laissent planer un doute certain...

Procès verbal du commissariat de police du quartier Saint-Merri, vol 6 janvier 1855 :

-"Ce matin à 7h et demi (26 janviier 1855) le dénommé a été trouvé pendu aux barreaux de la boutique d'un serrurier (Boudet) rue de la Vieille Lanterne, déclaration de Laurent, sergent de ville du 4ème arrondissement; l'individu était déjà mort, transporté poste de l'hôtel de ville, secouru par deux médecins, mais en vain. Il s'est pendu avec un ruban  de fil, son corps était attaché aux barreaux avec le lien, aucune trace de violence sur le cadavre" 

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LA MORGUE EN 1855

 Certains, comme Nadar, penchent fortement pour le suicide Mais d’autres, plus nombreux  critiquent l’enquête qui fut « fort molle »!!!

Madame Béatrix Pierson, une comédienne, qui habitait Villeneuve–le-Roi affirmait : « La veille de sa mort, Gérard de Nerval, sorti depuis quelques jours de la maison de santé du docteur Blanche, était venu dîner chez moi et m’avait lu plusieurs scènes du Fils nocturne que venait de recevoir l’Ambigu et où il me destinait un rôle. Il était accompagné de M. Georges Bell. (…) il paraissait plus gai que les jours précédents, son éditeur « des Filles du feu » (paru en janvier 1854" lui avait remis quelque argent (…) Gérard et son ami me quittèrent fort tard..Le lendemain matin, M. Georges Bell, arrive tout ému, m’apprendre la mort de Gérard. Nous sautons dans une voiture, et nous nous rendons à la morgue, où on avait transporté son cadavre. Nous trouvons là plusieurs de nos amis, parmi lesquels, Théophile Gautier et Alexandre Dumas père. On nous fit voir la corde avec laquelle il s’était pendu ; c’était un vieux cordon de tablier de cuisine….quand à l’enquête, elle a été faite avec la plus grande mollesse, nous sommes tous restés convaincus que notre pauvre ami avait été assassiné.

Béatrix Pierson (une ancienne maîtresse de Dumas père)»

Gérard de Nerval omniprésent :

D’autres témoignages viennent contredire ces affirmations. Gérard a été vu ce soir là à plusieurs endroits à la fois …A neuf heures du soir, Edmond Georges prétend avoir quitté Gérard la veille de sa mort. Au même instant, Lesage et Doloris, pensionnaires de la Comédie française affirment aussi l’avoir rencontré dans le Palais-Royal, en précisant qu’il avait un paletot. (ce jour de janvier il faisait moins dix huit degrés). Toujours au même instant, on le rencontre à la sortie de l’Odéon avec son ami Privat d’Anglemont et d’une autre personne …

Puis, c’est au café Belge qu’il est remarqué, ou chez le boulanger Cretaine ou il mange deux petits pains. Gérard a de l’argent, il paye la consommation. Privat propose d’aller au restaurant Baratte, à la halle, Gérard refuse et s’éloigne seul….Dumas  dit que le 24 au soir, Gérard se présenta chez Méry, tira un sou de sa poche, le donna au domestique de Méry et lui dit :-Vous donnerez cela à votre maître quand il sera rentré. Le lendemain, on le trouvait pendu comme je vous l’ai déjà raconté, rue de la Vieille-Lanterne.

Dans son journal « Le Mousquetaire »Alexandre Dumas note :

« Vendredi matin à sept heures trois minutes, on a trouvé le corps de Gérard encore chaud, ayant son chapeau sur la tête (…)l’agonie a été douce, puisque le chapeau n’est pas tombé.(…) A moins toutefois que ce que nous croyons un acte de folie ne soit un crime, que ce prétendu suicide ne soit un véritable assassinat. Ce lacet blanc qui semble arraché à un tablier de femme est étrange encore.

Le commissaire Blanchet, est un homme d’une grande intelligence, et nous sommes sûr que d’ici à quelques jours, il pourra répondre à cette question. »

Mais hélas, M Blanchet n’aboutit pas, ne répond à rien et à personne, et l’enquête s’en va à l’eau….. Un notaire de la rue Jean-Jacques Rousseau Henri Cherrier donne le témoignage d’un ouvrier peintre occupé à peindre la façade de sa maison.

Il parlait de la rue de la Vieille Lanterne et révéla que c’était lui qui avait dépendu, aidé d’un sergent de ville le pauvre Gérard. Le corps était encore chaud. On courut chez le commissaire de police qui ne voulut pas se déplacer ; puis chez un médecin qui ne vint qu’une heure après. Ce commissaire de police était-il ce Monsieur Blanchet ?

Champfleury, s’interroge : « était-il arrivé à ce triste lieu par hasard ? L’avait-il cherché ? La maîtresse d’un logis à la nuit situé dans la rue, aurait dit,  qu’elle avait entendu frapper à sa porte vers trois heures du matin, et quoique tous ses lits fussent occupés, qu’elle avait eu comme un regret de n’avoir pas ouvert. Etait-ce vrai ? était-ce lui ? »

Alfred Delvau témoigne aussi :

« C’était là pendu avec un cordon de tablier dont les deux bouts se rejoignaient sur sa poitrine, et les pieds touchaient presque terre, qu’un des hôtes du garni, en sortant pour se rendre à son travail, l’avait trouvé, lui l’amant de la reine de Saba ! C’était à n’y pas croire, Gérard de Nerval s’était pendu, ou on l’avait pendu »

Méry, quand à lui est persuadé que  Gérard s’est suicidé.

Goncourt : journal,, 5 décembre 1890 :-"Mme Burty m'apporte aujourd'hui une aquarelle de mon frère de la rue de la vieille Lanterne, que j'avais donné à son mari, et un joli bouquet de Aatzuma" Cette aquarelle fut faite quelques jours après la découverte du corps de Gérard pendu à "une soorte de grille d'égout" Ce n'est pas le lieu du suicide que Jules mmal renseigné a fait cette aquarelle dans une autre rue. Burty avait édité les eaux fortes de son frère.

14 décembre 1894  :(...)-" Voici enfin une vue de la sale et pourrie rue de la Vieille Lanterne , que mon frère a été prendre le lendemain du jour où Gérard de Nerval s'était pendu au troisième barreaude cette grille d'unhe sorte d'égout."  

AURELIA :

Alfred Delvau Gérard de Nerval Bachelin Deflorenne 1865

Alexandre Dumas Gérard de Nerval, Nouveaux mémoires préface Claude Schopp éditions complexe 1990.     

Eric Buffeteau catalogue de l'expocsition à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris 1996

Mise à jour le 25/06/2012

12:31 Écrit par vassor | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

Commentaires

Je vous approuve pour votre recherche. c'est un vrai exercice d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : cliquez ici | 12/08/2014

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