27/07/2008

VILLEMESSANT, PATRON DU "FIGARO", UN HOMME BIEN PEU RELUISANT

PAR BERNARD VASSOR

Le Figaro :

Une feuille «dévote et légitimiste à la première page;

folâtre, badine et cancanière dans les deux autres»

(Larousse du XIXe siècle).

Article uniquement à charge, garanti 100 pour 100 non vouiquipédié, où vous ne lirez pas que "Paris a été sous l'occupation des troupes prussiens en 1870" ???  Pour des informations plus objectives, et favorables de nombreuses biographies (et agiographies) ont été consacrées à ce personnage hors du commun.

82c2ca3b48128596f0bdbb6765b6a402.jpg
                                                                      "Sans liberté de blâmer etc.."
...............
Les journaux de son temps, et les archives de la préfecture de Police fourmillent d'histoires peu ragoûtantes concernant la vie du puissant patron du Figaro pendant près de quarante ans.
Il a lui-même dans de nombreuses publications donné dans des "Mémoires", les étapes de sa vie, légèrement romancées.
VOICI UNE LISTE DE JOURNAUX CREES PAR VILLESSANT :
1e7f4f13f744a10dddc60579c251ce9b.jpg
Un volume de son autobiographie qui en comporte six, après une parution en feuilleton dans le  journal "L'Evènement" dont il reprit le titre en 1865.
4c75bf0677a92f38605ba10363e227e8.jpg
Plusieurs publications récentes racontent l'histoire du Figaro, et de son patron. Nous ne donnons ici que les documents et articles négatifs relatifs à sa vie privée et professionnelle.  
Nous nous y perdons un peu dans l'histoire de son état-civil. Il est né à Rouen en 1810 selon les uns, et 1812 selon d'autres, sous le nom de Jean-Baptiste Cartier-Briard, ensuite nous le trouvons avec le patronyme Jean-Baptiste Cartier de Villemessant pour terminer par Hyppolyte-Auguste de Launay de Villemssant, ce qui fait plus chic.
Il porta le nom de son père, le colonel Cartier juqu'à l'age de 14 ans. Dans sa vingtième année, il habitait à Nantes  où il était inspecteur général des assurances. Il déménagea à Blois où il se fit marchand de rubans.
A l'age de vingt quatre ans, il vint à Paris et débuta dans le journalisme.
Un article d'annonces "Les Petites Affiches" signale en 1875 que Villemessant, demeurant à Paris avenue de l'Impératrice 64, a été déclaré deux fois en faillite (sans doute pour son commerce de rubans)
1) Par jugement du tribunal de commerce de Blois en date du 25 juin 1835, sous le nom de Cartier-Briard.
2) Par jugement du tribunal de commerce de la Seine en date du 27 mai 1844, sous le nom de Jean-Baptiste Cartier de Villemessant.(pour la faillite du journal "La Sylphide").
Un procès retentissant eut lieu seulement en 1875 avec des créanciers, la veuve Thomas et la dame Mauperin pour le recouvrement des sommes impayées.
Villessant fut condamné à payer aux plaignantes les sommes dues avec intérêt du jour du 22 février 1876, trente quatre ans après !
db7e76b196c09a118034682995ad8fc0.jpg
Monsieur de Villemessant devant le tribunal correctionnel de Blois 
Un vilain procès à l'audience du 15 juillet 1836. "Une demoiselle A...,jeune couturière de Blois, aurait eu la faiblesse d'accorder un rendez-vous à monsieur Cartier dans une allée d'un jardin, lieu de promenade propice à ces sortes de rencontres. A peine arrivés à l'entrée de ces promenades, de vives interpellations auraient été faites à Mlle A... qui n'aurait pas jugé convenable d'y répondre. Alors M.Cartier lui appliqua une vigoureuse paire de soufflets, suivie de coups de cannes, de coups de poing, de coups de bottes, si bien que le corps de Mlle A..aurait été cruellement martyrisé et qu'il en serait résulté une incapacité de travail de plusieurs jours. Pour comble de honte, cette scène se serait produite devant les yeux de l'épouse de de M.Cartier et de sa domesticité que Mlle A..accuse de complicité."
L'audience, en l'absence de la plaignante souffrant d'un mal de pieds, fut reportée à huitaine.
Audience du 22 juillet 1836 :
2ee42f71e290a3cad83b86e12d8e70b1.jpg""La foule déborde le prétoire, envahit le barreau et met littéralement le tribunal en état de blocus rigoureux.
A l'appel de l'affaire par l'huissier mettant en cause les époux Cartier et Mlle Minier, leur domestique, un - Ahhhh ! prolongé part du sein de l'auditoire et indique que l'impatience longtemps contenue va être satisfaite.
"L'avocat de Mlle A...offre pour prouver ce qu'il avance, de lire la correspondance érotique du couple extra-conjugal. Le tribunal refuse de livrer à la publicité cette lecture peu convenable au grand désappointement du public " Toutefois, le juge autorise un extrait de cette correspondance de la part de Mlle A..., ce qui fit dire à une personne de l'assistance : que "Mlle A...est la nouvelle Héloïse de la couture.... "
De nombreux témoins de la scène, témoignèrent de la violence des coups exercée sur la plaignante. 
(Le Constitutionnel du Loir-et-Cher)
31ec287c5872e4196de1b681fad9ed63.jpgLe tribunal acquitta la fille Minier ( la domestique), et condamna les époux Cartier à seize francs d'amende, trois mois de prison 1200 francs de dommages-intérêts et aux frais du procès, et il fixa à deux ans la contrainte par corps.
D'autres procès émaillèrent la carrière de Villemessant, mais le pire fut sans nul doute une affaire dont il n'eut pas à répondre devant la justice.  Profitant de la faiblesse de sa mère, il avait détourné (pour payer des dettes de jeu dirent certains journaux) les économies de sa mère et de sa soeur, les laissant vivre dans l'indigence la plus complète dans un taudis de banlieue. Les deux femmes préférèrent le suicide le même jour par le charbon à la misère. Villemessant les fit enterrer "civilement" souligne le journal déjà cité plus haut. 
En 1871, il profita des difficultés financières de Dinaucho, "les restaurateur des lettres" où les gens de lettres et quelques artistes sans le sous trouvaient là le couvert à la table du restaurant de la rue de Navarin. Le brave Villemessant racheta à bas prix cet estaminet, (la cantine d'Henri Murger) pour le revendre avec un coquet bénéfice.
Il aurait créé vers 1850, une chasublerie rue de Tournon (Barbier Sainte-Marie, cahiers Goncourt 2000)
En 1876, il annonça la création d'une maison de retraite pour les journalistes, mais accusé de spéculation par Francisque Sarcey, il préféra renoncer.
Après la Commune de Paris, son journal fut le plus féroce dans l'appel à l'assassinat des proscrits. Rappelons aussi, la campagnes de presse contre les impressionnistes en 1874, comme en 1857, le journal s'était acharné contre le livre de poésie de Baudelaire.
Il fut condamné en 1872 à de la prison. Incarcéré à Sainte Pélagie, il se fit transférer à la Maison Municipale de Santé Dubois, 200 rue du faubourg Saint Denis. Cet hôpital, et le pavillon Gabielle de l'hôpital Saint Louis, sont les deux étanmissements désignés officielllement pour le séjpur des détenus malades, pouvant êtrer traités à leurs frais.  
a7ee304f9e8cf7200677b1e4a188514a.jpg
Ce rapport de police figurant dans le volumineux dossier "Villemessant" aux archives de la préfecture de Police me laisse perplexe...C'est un cadeau empoisonné qu'il fit à Lissagaray que cet abonnement gratuit et les félicitations du plus acharné pourfendeur de "la vile populace" que représentait le communard basque.

Commentaires

M. de Villemessant est un personnage hors norme et en effet pas toujours sympathique, mais avant d'écrire un article à charge, il vaut mieux vérifier ses sources :
1 - Son acte de naissance précise très clairement sa date de naissance : 22 avril 1810 à 01h00 du matin et sous le nom d'Hippolyte Auguste de Launay de Villemessant, puisqu'il est enfant illégitime.
2 - Cartier est le nom de son père qu'il portera lorsque sa mère prétendra être veuve, de 1812 à 1826, puis à partir de 1831 juste avant d'épouser Mlle Briard. Briard est le nom de son épouse.
3 - Lors de son baptême en 1826, sa grand-mère a fait ajouter le prénom de Jean devant Hippolyte.
4 - de Launay de Villemessant était le nom de jeune fille de sa mère, donc le sien.
5 - Il existe des documents officiels prouvant qu'il versait une pension à sa mère et à sa sœur. Il a payé leurs dette et les a en effet enterrer civilement. A cette époque, l'enterrement religieux était refusé aux suicidées !!!! Elles sont suicidées suite à une escroquerie odieuse par la famille de la mère leur ayant fait perdre la maison où elle vivaient qui était aussi leur dernier bien.
6 - en 1836, le couple de Villemessant est installé à Nantes !
Etc, etc...
Le scandale fait partie de la vie de ce personnage mais pas toujours comme vous le laissez entendre.

Écrit par : IdR | 15/12/2011

Répondre à ce commentaire

Si vos informations sont exactes, les archives de la police seraient fausses ! Les différents journaux de l'époque ont dénoncé le rôle joué par Villemessant dans le suicide de sa mère et de sa soeur; il n'y a pas eu de procès en diffamation à ma connaissance, d'où tenez-vous vos informations ?
Pour ce qui concerne l'identité officielle lors du procès de Blois en 1836,; c'est sous le nom de Cartier-Briard que votre Hippolyte a comparu aux audiences du 15 et du 22 juillet 1836. Je ne vois pas l’intérêt ni ce que vient faire votre remarque sur Nantes en 1836 ?
En tête de mon article vous pouvez lire l'avertissement suivant "Article uniquement à charge, garanti 100 pour 100 non vouiquipédié, où vous ne lirez pas que "Paris a été sous l'occupation des troupes prussiens en 1870" ??? Pour des informations plus objectives, et favorables de nombreuses biographies (et agiographies) ont été consacrées à ce personnage hors du commun".

Écrit par : Bernard Vassor | 16/12/2011

Répondre à ce commentaire

Mes sources : généalogie, acte de naissance (il existe), les minutes du procès de 1862, extraits du Journal du Loir et Cher, etc...
Rassurez-vous, je trouve le personnage odieux et bien davantage ! Et j'ai en effet des doutes quand à son attitude vis à vis de sa mère et sa sœur - malgré la pension versée - dont il ne parle jamais dans ses Mémoires.

Je fais des recherches pour une courte biographie du personnage qui a grandi dans mon village et y est ensuite revenu, fortune faite.
Je n'ai pas encore consulté les archives de la police ; mais ce ne serait pas la première fois qu'elles seraient erronées sur certains points.
Si vous avez des documents dont vous pouvez me transmettre la copie, je suis preneur.
IdR

Écrit par : IdR | 02/01/2012

Répondre à ce commentaire

Les recherches avancent et apparemment, non, ce n'est pas lui qui a abusé de sa mère et de sa sœur mais ses cousins Cazain, de fieffés escrocs.

Écrit par : IdR | 11/01/2012

Répondre à ce commentaire

c'est pas moi, c'est ma soeur qu'a cassé la machine à vapeur !

Écrit par : bernard vassor | 02/02/2013

Répondre à ce commentaire

Monsieur Vassor, votre dernière remarque prouve votre manque d'impartialité. Soit un fait est prouvé et il mérite d'être relevé, soit il s'agit de diffamation pure et simple. Il semblerait que vous ayez choisi votre camp.
@IdR : le résultat de votre enquête serait fort intéressant! Merci de nous le communiquer. Un travail de recherche sérieux est toujours digne d'éloges.

Écrit par : Henri Bourdin | 03/08/2013

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire