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09/07/2010

LES FANTÔMES PHOTOGRAPHIQUES DU BOULEVARD MONTMARTRE : Dans l'échoppe de Jean Bugnet.

Par Bernard Vassor

medium_jean_buguet_boulevard_montmartre_sepia_05.jpg

Un client retrouve sur un cliché fluidique le spectre de son frère noyé un an auparavant.

Vers 1874, la boutique du numéro 5 boulevard Montmartre, juste à côté du théâtre des Variétés, un photographe Jean Buignet avait trouvé un filon en vendant à tout un chacun "l'image fluidique" d'un proche disparu. Moyennant un supplément de vingt francs, il ornait votre portrait de celui de votre femme si vous étiez veuf, de vos père et mère ou de votre oncle dont vous déploriez la perte. La photographie des mânes du défunt était assez floue et peu distincte. Ce qui fait que l'on pouvait reconnaître à peu près n'importe qui.

 

La célèbre librairie spirite Leymarie avait commandé à Bugnet tout un lot de clichés fluidiques au prix de cinquante centimes, revendues soixante quinze par la libairie qui faisait tourner les tables dans son arrière boutique. Bugnet perfectionna le système, quand une personne désirait être représentée en compagnie d'un cher disparu, elle se rendait chez Bugnet. Celui-ci s'enquérait des caractéristiques de l'esprit qui devait apparaitre sur la photo puis se rendait dans une pièce voisine. Il demandait au visiteur de revenir le lendemain où le client se voyait photographié à côté d'un spectre ressemblant à la personne évoquée. La somme demandée était cette fois de vingt francs or !

Victime de son succés, débordé de travail, il commit quelques erreurs. Un jeune homme désireux de revoir sa fiancée auprès de lui, se retrouva flanqué du portrait d'un sapeur barbu lui tenant la main...

Le peintre Paul Chenavard professeur à l'Ecole des Beaux Arts, flairant la supercherie, se mit à faire des expériences pour convaincre la justice de ces procédés délictueux. La police se fit tirer l'oreille, mais quand Chenavard réussit à  écarter toutes les objections, le parquet se décida à agir...

Un commissaire de police se présenta chez Bugnet, et lui demanda de faire son portrait avec l'image de son grand-père. Le spirite ne se fit pas prier. Après avoir rapporté une plaque qu'il venait de sensibiliser, avant d'ouvrir son objectif il se mit à prononcer des invocations sacramentelles. Le commissaire ne lui laissa pas le temps de terminer ses manipulations, dévoilant son écharpe, il saisit l'appareil, la plaque, et procéda à une visite domiciliaire. Il découvrit dans son laboratoire toputes sortes de poupées enrobées de dentelles comme recouvertes d'un linceul. La plaque saisie fut développée en présence du prévenu. Le resultat fut celui attendu, la présence d'un grand-père, en attente de l'arrivée de son petit-fils.

 

Rapport Buguet p Po.jpg

Rapport (archives de la préfecture de Police)

La justice s'empara de l'affaire, et un procès eut lieu le 16 juin 1875, Jean BuIgnet fut condamné pour escroquerie à un an de prison et 500 francs d'amende. Malgré les aveux de Bugnet, un bon  nombre de dupes refusèrent de reconnaître la fraude. Un officier supérieur d'artillerie

lui-même spiritie, avait en pleine audience soutenu que l'accusé avait tort, que lui-même n'était pas dépourvu de connaissances scientifiques, et engagea Bugnet à persister dans ses dénégations.

Après avoir purgé sa peine, Bugnet préféra quitter l'ingrate patrie pour exercer sa noble activité en Belgique afin de ne pas perdre son fluide médiominique.

Mise à jour le 9/07/2010

14:28 Publié dans Les originaux, les excentriques, les fous litterra | Tags : leymarie, jean buignet, spirite, paul chenavard | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

Bibliophilie, de l'utilisation des archives secrètes : "Liste de tous les prêtres trouvés en flagrant délit CHEZ LES FILLES PUBLIQUES DE PARIS"

Par Bernard Vassor

liste prêtres 02.jpg

Ce frontispice représente Chenon, le commissaire de pôlice du Châtelet, qui contôle l'arrestation d'un prêtre.  C'est ce même homme qui transféra sans ménagement le marquis de Sade, de la Bastille à Charenton. L'avertissement de ce livre paru anonymement (certains l'attribuent à Andréa de Nerciatt) indique :

"Comme on sait que les registres de la police de Paris étoient déposés à la Bastille, après avoir resté un certain temps à l'hôtel du lieutenant de police, on ne sera pas surpris que cette liste soit tirée de papiers trouvés dans cet antre infernal, qui ne sembloit destiné qu'à engloutir les malheureuses victimes du despotisme."* La longue liste donne les noms de ministres du culte surpris dans des situations singulières. Un petit inconvénient, ces rapports de police ne sont pas datés, et donc laissent penser que les évènement décrit précèdaient de peu la révolution, ce qui est faux. Certains de ces documents datant de la moitié du dix-huitième.

Le but de ce livre étant de faire droit des prêtres au mariage, pour qu'ils profitent :"du plaisir si doux de satisfaire un besoin naturel"

liste prêtres titre.jpg

L'intérêt de cet ouvrage est de mentionner les maisons closes de Paris, les noms des mitronnes (matrones), filles d'amour, appareilleuses et autres "Ambulantes à la brune". Le vocabulaire de ce siècle était savoureux, et ne s'embarrassait pas de litotes. Nous pouvons lire sous la plume d'inspecteurs** :

"G. Pavie, prêtre habitué à S. Eustache trouvé rue Pavée S. Sauveur, chez la nommée Aubert, avecMarie-Anne Maurice, qu'il a conu charnellement deux fois jusqu'à la copulation (...) J.B. Gaillard, chanoine dominicain de la Victoire-les-Senlis, trouvé rue Thévenot chez la femme Lefèvre, avec Marguerite Hubert, qui l'a manualisé jusqu'à la pollution. (...)A. Montbrun de S. Sauveur, sous diacre du diocèse de Lissac, trouvé rue S. Honoré chez la Christine Defoy, qui l'a manualisé en présence de Marie de Varenne, sans être parvenu à la pollution (...) C. Legrand de Lescarmoutier, prêtre trouvé rue Basse-S. Denis trouvé avec la femme Rose Boursier, qu'il a vue charnellement, laquelle l' fouetté pour son plus grand plaisir (..)

J. Jolibert, prêtre desservant au château de Bicètre, trouvé déculotté dans une aallée, rue Guénégaud avec une femme sans domicile connu (..) F. M. S. de Tascher de la Pagerie***, prêtre, chanoine de Blois, trouvé rue Montorgueil chez Christine Barque en compagnie de la nommée Rosinberguerine, qu'il a vue deux fois charnellement jusqu'à la copulation parfaite".

 

*Ces archives de la Bastille, sont aujourd'hui conservée à la bibliothèque de L'Arsenal.

.. Dont le commissaire au Châtelet Hubert Mutel, et le célèbre second du lieutenant de police Louis Marais.

***François-Marie-Stanislas Tascher de la Pagerie né en 1729, chanoine de Blois, puis, aumônier de la dauphine, enfin vicaire général de Macon

11:22 Publié dans L'amour des livres | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

Félix Pyat : pour la célébration du bicentenaire de sa naissance, publication par Guy Sabatier d'une pièce demeurée inédite depuis 1848.

Par Bernard Vassor

Felix pyat médecin de Neron guy sabatier.jpg

Médecin de Néron

Avec cette pièce, il ne s'agit pas moins pour Pyat que d'extirper le mal absolu incarné par le pouvoir des Césars pour réaliser le paradis terrestre de tous les opprimés (des esclaves des catacombes aux travailleurs des fabriques.

Le manifeste de Karl Marx vient de paraître. Le spectre du communisme auquel s'opposent toutes les puissances telles que le pape, le tsar, Metternich, Guizot, hante alors l'Europe. A la suite de la révolution de février en France, Félix Pyat est devenu représentant du peuple à l'Assemblée Constituante : il se bat pour le droit au travail et lutte contre Tocqueville qui veut instaurer l'élection du président de la République au suffrage universel. Il délaisse le théâtre pour la politique, ce qui l'entraînera dans un exil de trente ans (y compris après avoir été membre de la Commune de Paris (dont il a été l'élu comme membre dans le Xe arrondissement et siègea à l'Hôtel-de-Ville ).

Mais l'esprit de son socialisme utopique et eschatologique continue de souffler dans ses oeuvres. Guy Sabatier en a retrouvé le manuscrit qui avait été sauvegardé par Henry Mathey, ouvrier-bijoutier lui aussi communard ( je crois secrétaire et exécuteur testamentaire de Félix Pyat) qui le recopia en plusieurs exemplaires du fait de son admiration pour Pyat. Mathey mourut à l'hospice de Brévannes en 1913 et Lucien Descaves qui lui avait rendu visite, récupéra un exemplaire.

Comment guérir un empereur, incarnation du mal absolu, pour qu'il cesse définitivement de nuire, tel est l'intrigue de ce drame ?

Guy Sabatier

a déjà publié sa thèse aux éditions L'Harmattan en 1998, sous le titre de "Le Mélodrame de la République sociale et le théâtre de Félix Pyat" (2 tomes) Depuis, il n'a cessé  d'approfondir l'étude du genre mélodramatique (il a ainsi publié : "Ne nous reste-t-il que l'errance ?" en 2005).Il prépare une biographie politique complète de Félix Pyat (premier volume déjà paru à compte d'auteur : "L'amorce révolutionnaire 1810-1864")

ISBN : 978 2 296 12647 3

20.50 euros

La couverture représente un fragment du tableau de Thomas Couture : "Les Romains de la décadence" qui figura au salon de 1847.

http://autourduperetanguy.blogspirit.com/archive/2010/06/...

09:20 Publié dans Histoire littéraire | Tags : félix pyat, henry mathey | Lien permanent | Commentaires (2) | | | | Digg! Digg

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