Référencement gratuit

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/12/2008

Trois "Jobard" au 19° siècle

Par Bernard Vassor

Nadar caricature pour jobard hauteur.jpg
Jobard :
 Niais, crédule (1547 du Fail), sans doute de Job,
 personnage biblique, d'après l'aventure de Job
sur son tas de fumier. Jobelin 1460.
Villon "argot" jobardeie.
Dictionnaire étymologique de la langue française.
.........
Le titre de cet article est un peu mensonger. Aucun de ces trois personnages n'est un jobard.
Le premier toutefois, s'adressait directement à la crédulité de ses contemporains. Ce monsieur Jobard, directeur d'un musée de Bruxelles, avait trouvé un moyen ingénieux pour faire disparaître le mal de mer. Il expliquait que ce mal était dû au bouleversement mécanique des organes. Donc, le seul moyen d'empêcher ce bouleversement ne pouvait être que mécanique ! Une ceinture d'une forme calculée scientifiquement devait permettre de faire cesser immédiatement ce mal. Monsieur Jobard inventa et exécuta la ceinture contre le mal de mer.
Ceinture qui permet d'arrimer les intestins de telle sorte qu'ils ne viennent plus agacer le diaphragme et provoquer le hoquet vomitif.
La mort hélas ne permit pas à cette invention d'être diffusée en Belgique, mais fort heureusement, au 233 rue Saint-Honoré, dans une échoppe d'un bandagiste tenue par un nommé Charbonnier, on pouvait trouver cette miraculeuse ceinture. Ce philanthrope dont le désinteressement n'avait pas de limite fit une réclame par voie d'affiches, et publia pas moins de six éditions de propagande de l'invention  de monsieur Jobard.
.........
Le deuxième Jobard, bien plus sérieux celui-là est Belge lui-aussi. Jean-Baptiste-A.M. Jobard,était un savant économiste d'origine française, né à Baissey (Haute-Marne) en 1792, mort en 1861. Sous l'empire, il fut géomètre du cadastre à Maestrich et se fit naturaliser Belge en 1810. Il fonda à Bruxelles un atelier lithographique, qui lui permit par ses recherches d'obtenir le premier de la Société d'encouragement de Paris en 1828. Il publiait dans la Revue des Revues des articles sur l'économie sociale et industrielle. En 1830, il prit la direction du musée de l'industrie Belge et devint contrôleur au département des finances. Chercheur infatigable à l'imagination féconde il prit toutes sortes de brevets d'inventions, et se fit l'ardent défenseur de la propriété intellectuelle, à laquelle il donna le nom de "Monautopole", véritable précurseur en cela de l'INPI (mais, ne dites à personne que l'INPI doit son existence à un Jobard).
Il combattit puis défendit les idées socialistes tour à tour. Sous Napoléon III, il fut fait officier de la légion d'honneur. Nous lui devons un grand nombre d'inventions. Parmi quelques unes de ses recherches, il s'était occupé de la suspension de la vie par la cataleptisation artificielle, et a présenté un mémoire sur la catalepsie, la léthargie et la paralysie
Il publia dans la Presse de Girardin avec l'abbé Moigno, et dans l'Illustration, des pamphlets et des mémoires sur  un "Projet de loi sur les brevets d'invention", "De la propriété de la pensée", "Création de la propriété industrielle, "Nouvelle économie sociale, ou Monautopole industriel, artistique, commercial et littéraire" (1844), "L'Automergon, organisation de la propriété intellectuelle".
Pour en finir avouons que ce Jobard est le même qui inventa la fameuse ceinture contre le mal de mer !
........
Le dernier Jobard est un assassin qui fit beaucoup parler de lui à Lyon en 1851 dans ce que l'on appela :
L'Affaire Jobard.
 
L'histoire commença au théâtre des Célestins, à Lyon. On y donnait un drame d'Ernest Legouvé : Adrienne Lecouvreur
Dans l'amphithéâtre, une femme , Anaïs Chabert, assise auprès de son mari, reçut dans le sein gauche un coup de couteau qui lui transperça le coeur.
Le coup lui avait été porté par un homme, installé derrière elle. La jeune femme après avoir poussé un cri de douleur et retiré elle-même le couteau s'affaissa sur son siège et succomba cinq minutes plus tard; elle était enceinte de six mois...
 La pièce fut interrompue, mais le rideau se releva quand même quarante cinq minutes plus tard devant les trois spectateurs restés sur place, qui en voulaient pour leur argent, et désiraient connaître la fin de vie de la tragédienne Adrienne Lecouvreur !
......
L'assassin avait été tranféré à l'Hôtel de Ville et enfermé dans un cachot. Le juge d'instruction venu l'interroger le trouva calme, agenouillé en prière. Antoine Emanuel Jobard,était un fils de paysans, élevé à Dijon par "les Frères de la Doctrine Chrétienne".
Il avoua que très religieux, il se laissait aller quand même à des pratiques honteuses, s'abandonnant sans frein à la débauche auprès de femmes les plus abjectes. Le dégoût de lui le conduisit à vouloir abréger sa vie, mais il ne pouvait pas songer au suicide, car cela aurait été manquer de religion....Donc, il avait d'abord envisagé de tuer une fille publique, et aussi de tuer celui qui était encore président de la république lors de son déplacement à Dijon. Puis, il partit de Dijon pour se rendre à Lyon. Il avait acheté un couteau et s'était rendu dans une maison de prostitution de la rue de la Cage, dans le but de tuer une de ces femmes. Il avait passé là une demi heure avec une fille nommée Rachel, mais la trouvant trop jolie et voulant la revoir après s'être rendu au spectacle, il remit à plus tard l'exécution de son projet.
Étant allé au théâtre des Céléstins, il s'aperçut qu'il avait perdu cinq francs, et qu'il ne lui restait pas assez d'argent pour retrouver Rachel.
Au deuxième acte, il changea de place et jeta les yeux sur des petites filles de dix à quinze ans, mais elles n'étaient pas à sa portée.
Il décida donc de frapper la femme qui était assise devant lui.
Il déclara au juge d'instruction : "Cette femme a succombé dites vous ? Cela vaut mieux...puisque je voulais qu'on me fit mourir. Je ne songe plus qu'à me repentir. Je regrette ma victime: mais il fallait qu'il  en fut ainsi pour que je pusse faire pénitence"
Le procès eut lieu le 23 mars 1852 devant la cour d'assises du Rhône devant une foule considérable.
Jobard fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Le président du tribunal lui demanda ce qu'il avait à dire sur l'application de la peine ?
Sa réponse fut :
"Rien, c'est Dieu qui l'a voulu ainsi" .. 

Les commentaires sont fermés.