Référencement gratuit

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/08/2015

MARCEL PROUST aurait pu dire: ON EST PAS SÉRIEUX QUAND ON A DIX SEPT ANS !!!!

PAR BERNARD VASSOR

Dans cette supplique adressée à son grand-père Nathé Weil (le mari d'Adèle sa grand-mère bien aimée) agent de change demeurant 43 rue d'Hauteville le jeune Marcel réclame de l'argent (3 francs) pour aller au bordel afin de payer le vase de nuit qu'il avait cassé, et la somme de 10 francs "pour se vider", ce qu'il n'avait pas réussi la fois précédente....

a9884485a94807acb81987e784b3bb5e.jpg
La suite est tout aussi inattendue, curieuse et incongrue. Le petit Marcel alors élève à Condorcet, écrivit cette demande à son grand-père le 10 mai 1888. il était né le 10 juillet 1871...
Tout cela ne serait pas arrivé si son père Adrien Proust, un des plus grands hygiénistes de son temps, chef de clinique à l'hôpital Lariboisière, n'avait supplié son fils de cesser de se masturber.
Il avait pour cette raison donné 10 francs à son fils pour une "petite promenade hygiénique" dans un bordel, peut-être la fameuse maison du passage du Saumon.
Notons au passage que l'éminent professeur de médecine était un familier de ce genre d'établissement et qu'il entretenait de nombreuses liaisons avec des demi-mondaines.
NATHE WEILCADRE.jpg
...................
mise à jour le 15 août 2015.

22/02/2015

Histoire de cocu, ou les cocus dans l'histoire de Candaule, roi de Lydie, au petit monarque du palais de l'Elysée

Par Bernard Vassor

Si tu reviens j'annule tout !
 
Fourier hiérarchie du cocuage largeur.jpg
Cournua cum cornibus
Cornua sunt omnibus.
Charles Fourier
.............
Il n'est pas de personnage plus important dans l'histoire que le cocu (notez, qu'il n'existe pas de mot féminin )Paul de Kock hauteur.jpg
Supprimez le, il ne reste plus rien du vaudeville, au théâtre de boulevard. Tous les plus grands écrivains ont traité la chose,Plutarque* Bocace, Rabelais, Montaigne, Molière, Balzac, Diderot, La Fontaine, Alexandre Dumas(père) Ninon de Lenclos etc.... De nombreux savants ont également écrit sur ce sujet, Pétigny, Richelet, j'oubliais Voltaire, Bonaventure des Perrier, Marguerite de Navarre à Rémy de Gourmont, sans oublier le romancier le plus lu au XIX° aujourd'hui oublié Charles Paul de Kock dont la première syllabe évoque l"état.
Vous connaissez certainement une chanson qui n'a qu'une seule strophe répétée à l'infini :"Il est cocu le chef de gare".
Des fabliaux du moyen-âge : "Le Dit de Béranger", "Les Quinze joyes du mariage" traitent du cocuage de différentes façons, toutes originales, qui serviront de modèles par la suite. 
Plus près de nous, Georges Brassens nous a donné deux des textes de chansons les plus comiques. Si vous voyez Raimu, vous pensez aussitôt à "La Pomponette", je ne veux surtout pas parler de cet homme politique dont la pomponette est partie et revenue, mais pour repartir définitivement.
Coffre à surprises conjugales hauteur.jpg
Le coffre à surpises conjugales.
........
Le cornard est tantôt comique, tantôt émouvant on le ridiculise ou on le plaint. Molière qui a fait de Sganarelle un cocu imaginaire, fut cocufié par sa femme Armande Béjart. Ernest Feydeau, porta lui-même les plus belles cornes que lui fit pousser au sommet du crâne sa traîtresse bonne femme Léocadie, la paternité de leur fils Georges est le plus souvent attribuée au duc de Morny. Le sujet de "Fanny" roman d'Ernest Feydeau est original; ce n'est pas le mari qui est trompé par l'amant, mais c'est l'amant qui l'est par le mari (Brassens en fit une chanson) 
Balzac qui disserte sur le sujet dans "La Physiologie du mariage" et dans bon nombre de ses romans, fut lui-même si l'on en croit Octave Mirbeau, une victime, cornufié alors qu'il était sur son lit de mort par sa fidèle épouse, moins de cent jours après leur mariage. 
.........

ALMANACH DES COCUS 02.jpg

*N'est-il pas reprochable, à un homme qui se trouvait sur l'âge et ayant une jeune femme, s'il voyait un beau jeune homme qui lui agréât et semblât de gentille nature, le mener coucher avec sa femme, pour la faire emplir de bonne semence et puis avouer le fruit qui en naissait comme s'il eut engendré lui-même" PLutarque, Vie de Lycurges.
.....

RUE DES COCUS QUINCAMPOIX.jpg

RUE QUINCAMPOIX

Qui avait été baptisée rue des Cocus bien avant la faillite du financier Law. Ce nom de baptême lui a été attribué à la suite de la représentation d'une pièce satyrique : "Le port Breton des procureurs" ternissant la réputation des maris de cette rue, qui étaient nombreux à arborer de magnifiques cornes.

.................

 

Vies des dames galantes image Brantôme, SEPIA.jpg

(Gallica) Brantôme.

Que méritent-ils ceux-là, sinon qu'on les face cocus bien à point, ainsi que fit Gygès, par le moyen de sa bague, au roy Candaule, roy des Lydiens, lequel, sot qu'il estoit, luy ayant loüé la rare beauté de sa femme, comme si le silence luy faisoit tort et dommage, et puis la luy ayant monstrée toute nue, en devint si amoureux qu'il en jouit tout à son gré et le fit mourir, et s'impatronisa de son royaumeCertes, ce roy estoit bien de loisir de donner ainsi appetit d'une viande nouvelle, sibelle.

.............

 Telle est la misère des Cocus, qu'ils sont toujours l'objet de la risée publique, et qu'au lieu d'une tendre et charitable compassion, leurs plaintes, quelques justes qu'elles soient, ne leur attirent jamais que le mépris et la raillerie de ceux qui les entendent, quoiqu'ils soient marqués du même sceau, et qu'ils en aient l'écusson semblable.

Le sujet étant presque inépuisable, venez sur ce blog de temps en temps pour d'autres aventures malicieuses.  d'une pièce satirique "Le Pont Breton des procureurs" en 1624 où  d'une pièce satirique "Le Pont Breton des procureurs" en 1624 où les personnages habitant cette rue étaient affublés des plus belles cornes de Paris !les personnages habitant cette rue étaient affublés des plus belles cornes de Paris !

17/12/2010

LES POESIES DE LAUTREAMONT, QUELQUES REPERES BIBLIOGRAPHIQUES suite

Par Bernard Vassor 

Poesie Gabrie lautreamont.jpg
.......................
lautreamont remerciments.jpg
Nous ignorons aujourd'hui le nombre d'exemplaires qui furent tirés de ce recueil. Quand aux "Chants de Maldoror", c'est en 1874 que le successeur de l'éditeur Lacroix remit en vente ce qui fut et est considéré comme l'édition originale. D'après François Caradec, Isidore a choisi le pseudonyme de Lautréamont pour lui éviter d'être confondu avec un certain baron Albert Ducasse.

Les Chants de Maldoror

PAR BERNARD VASSOR


D'après une étude de Rémy de Gourmont ;

33aa784ff8c2415e2a19d3a97e191af7.jpg
Au 7 rue du faubourg Montmartre au pied de l'immeuble, dans la courette, où est mort Lautréamont.
LES CHANTS DE MALDOROR
Chant premier, Par *****,¨Paris
Imprimerie de Balitout, Questroy et Cie, 7 rue Baillif. Aout 1868, in-8° un peu grand de 32 pages sous couverture vert clair (pris 30 centimes).
Cette édition originale diffère de l'édition complète de Lacroix et Verbokoven**du 15 boulevard Montmartre. Certaines scènes sont typographiées à la manière du théâtre.
Il existe aussi de nombreuses corrections dans le premier chant.

"Les Chants de Maldoror" restés inachevés après le sixième chant. Lautréamont est malade, conscient de sa folie qu'il qualifie lui-même en faisant s'apostropher Maldoror par son énigmatique crapaud :

"Ton esprit est tellement malade qu'il ne s'en aperçoit pas, et que tu crois être dans ton naturel chaque fois qu'il sort de ta bouche des paroles insensées, quoique pleines d'une infernale grandeur"

Sur le point de mourir, il rédige dans un état fiévreux deux volumes de poésies, dont voici les références bibliographiques :

Poésie I :

"Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie". Paris, journaux politiques et littéraires. Librairie Gabrie, passage Verdeau, 25, 1870, fascicule de 16 pages in-8°, sous une couverture saumon très clair. La couverture porte sous le titre :

Prix 1 franc;

et à la quatrième page :

Avis.

"Cette publication permanente n'a pas de prix. Chaque souscripteur en fixe lui-le montant. Il ne donne du reste que ce qu'il veut. Les personnes qui recevront les deux premières livraisons sont priées de ne pas les refuser, sous quelque prétexte que ce soit."

Paris imprimerie de Balitout Questroy et Cie, 7 rue Baillif.

La deuxième livraison porte au verso de la couverture imprimée :

Envoi, puis au dessous :

Le gérant

I.D*

rue du faubourg Montmartre, 7.

Le fascicule a été déposé au ministère de l'Intérieur dans la semaine du 16 au 23 avril, et le fascicule II, dans la semaine du 18 au 25 juin 1870.

Dédicace :

"A Georges Dazet, Henri Mue, Pedro Zomaran, Louis Durcour, Joseph Bleumenstein, Joseph Durand.

A mes condisciples Lespès, Georges Minvielle, Auguste Delmas; Aux directeurs des revues Alfred Sircos, Frédéric Damé; Aux amis passés présents et futurs; A monsieur Histin, mon ancien professeur de réthorique; sont dédiées une fois pour toute les autres, les prosaïques morceaux que j'écrirai dans la suite des ages, et dont le premier commence à voir le jour d'hui, typographiquement parlant"

bf6ac56112581c1169e21af978255607.jpg
25 PASAGE JOUFFROY

*I.D. Isidore Ducasse bien sûr...

Voici ujne lettre de Ducasse adréssée à son "tuteur", le banquier Darasse chargé par son père de lui verser  une pension mensuelle :

Lettre de Lautréamont à Darasse

22 mai 1869

Monsieur,

C’est hier même que j’ai reçu votre lettre datée du 21 mai  ; c’était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l’occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi : parce que, si vous m’aviez annoncé l’autre jour, dans l’ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s’épuisaient, je n’aurais eu garde d’y toucher  ; mais certainement, j’aurais éprouvé autant de joie à ne pas écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire. Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit par la bizarrerie de mon père  ; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m’empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu’ici une feuille de papier à lettre venue de l’Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté ; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu’on pardonne aisément à un vieillard, et qui m’ont paru, à la première lecture, avoir eu l’air de vous imposer, à l’avenir peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d’un monsieur qui vient habiter la capitale…

… Pardon, Monsieur, j’ai une prière à vous faire : si mon père envoyait d’autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir ? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour ; mais vous n’auriez qu’à m’écrire un mot, et il est probable qu’alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule…

… Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité ! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire ; après avoir réfléchi beaucoup, je confesse qu’elle m’a paru remplie d’une notable quantité d’importance nulle.


À Monsieur Darasse

Paris, 12 mars 1870

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. J’ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais, une fois qu’il fut imprimé , il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu’il craignait le procureur-général. C’était quelque chose dans le genre du Manfred de Byron et du Konrad de Mieçkiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. l’édition avait coûté 1 200 f, dont j’avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l’eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d’aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c’est qu’elle est radicalement fausse ; par cette raison qu’on y discute les principes, et qu’il ne faut pas les discuter : c’est plus qu’injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l’ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l’ombre, le sombre, etc., c’est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher. Voilà pourquoi j’ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l’espoir, l’espérance, le CALME, le bonheur, le DEVOIR.Et c’est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens, et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans quatre ou cinq mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages ; chez Al. Lemerre. C’est ainsi qu’il verra que je travaille, et qu’il m’enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander, si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l’argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre.Et, en ce cas, il aurait fallu 200 f., pour l’impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. s’il n’avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l’écrire ?

J’ai l’honneur de vous saluer. I. Ducasse,

15 rue Vivienne.

Catégories : Livres | Lettres

 


Paris, le 9 novembre 1868. 

Monsieur,

Auriez-vous la bonté de faire la critique de cette brochure dans votre estimable journal. Pour des circonstances indépendantes de ma volonté, elle n'avait pu paraitre au mois d'août. Elle parait maintenant a la librairie du Petit Journal, et au passage Européen chez Weil et Bloch. Je dois publier le 2e chant à la fin de ce mois-ci chez Lacroix.    Agréez, Monsieur, mes salutations empressées.

L'Auteur.

 

 


22 mai 1869 

Monsieur,

C'est hier même que j'ai reçu votre lettre datée du 21 mai; c'était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l'occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi: parce que, si vous m'aviez annoncé l'autre jour, dans l'ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s'épuisaient, je n'aurais eu garde d'y toucher; mais certainement j'aurais éprouvé autant de joie à ne pas vous écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire.

Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit vaguement par la bizarrerie de mon père; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m'empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu'ici une feuille de papier à lettre venue de l'Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu'on pardonne aisément à un vieillard, et qui m'ont paru, à la première lecture, avoir eu l'air de vous imposer, à l'avenir, peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d'un monsieur qui vient habiter la capitale...

Pardon, monsieur, j'ai une prière à vous faire: si mon père vous envoyait d'autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour; mais vous n'auriez qu'à m'écrire un mot, et il est probable qu'alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule... Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire; après avoir réflechi beaucoup, je confesse qu'elle m'a paru remplie d'une notable quantité d'importance nulle...



 

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 

 

Lettre à Poulet-Malassis

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

Au même

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.


 

 


Paris, 12 mars 1870. 

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne

4. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 


 

5. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

6. Lettre à POULET-MALASSIS

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.

Retour

 

7. Lettre à Monsieur DARASSE

 


Paris, 12 mars 1870.  Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard. Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne.

Pour conclure provisoirement : Après sa mort, Isidore fut inhumé au cimetière Montmartre. Comble de malheur, peu de temps après, sa tombe fut la cible d'un obus prussien pendant la guerre de 1870 !

Mise à  jour le 17 décembre 2010 du 25 juin 2008 sur ce même blog

**L'éditeur des "Misérables", ayant aussi un pied à Bruxelles. Le roman étant interdit en France.

03/11/2010

La princesse de Montpensier, La princesse de Clèves et Zayde

Par Bernard Vassor

 

madame de la Fayette.jpg

 

 

Faut-il être ignare ou inculte pour décréter qu'il n'est pas utile de lire, et de dénigrer ces fleurons de la littérature féminine Française, les plus beaux roman du dix-septième siècle ?

mise à jour le 3/11/2010

...........................

en offre aux yeux toutes les beautés;

c'est une femme qui parle; il est naturel

qu'elle ait bien choisi; d'ailleurs,

elle faisait un roman (..)  Le petit livre

de Mme de La Fayette est un écrin d'or

où luisent les purs diamants dont se paraient l'aristocratie polie

Après avoir ouvert le cabinet, il est à propos d'ouvrir l'écrin"

Taine 1857

 

La fayette princesse de Clèves.jpg

Edition originale, auteur anonyme en 4 volumes avec la mention : Achevé d'imprimer pour la première fois le 8 mars (aujourd'hui journée de la femme) 1678.

Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, Madame de La Fayette (1623-1693) écrivit ce qui est considéré comme le premier roman moderne. Ce livre historique dont l'action se déroule au siècle précédent (le sien) à la cour du roi Henri II, marque un tournant dans la littérature, et donne pour la première fois une place prépondérante  à la littérature féminine.

Elle avait, comme madame de Sévigné reçu les enseignements de l'abbé Gilles Ménage et bénéficié du secours de Jean Regnault de Segrais et de son ami le duc de La Rochefoucault

La fayette princesse de Montpensier.jpg
Ce premier roman écrit en collaboration avec Segrais, fut un prélude à son chef-d'oeuvre paru 16 ans plus tard.
Il est amusant de noter dans l'avertissement du libraire au lecteur :
"En donnant cette histoire au public, je dois dire qu'elle n'a été tirée d'aucun manuscrit qui nous soit demeuré du temps des personnes dont elle parle. L'autheur ayant voulu pour son divertissement escrire des avantures inventées à plaisir, a jugé plus à propos de prendre des noms connus dans nos histoires, que de se servir de ceux que l'on trouve dans des romans"

Ce qui fait penser tout de suite à la formule consacrée utilisée de nos jours : "Toutes ressemblance avec ......"

 

La fayette ZYADE.jpg
Entre les deux ouvrages cités précédemment, Zaydé n'est signé que du seul nom  de Segrais, qui reconnut plus tard que le roman était de la main de madame de La Fayette. Le "Traité de l'origine des romans" qui est de Pierre-Daniel Huet, est considéré comme la première histoire de la littérature, bien que le terme "littérature" ne soit pas prononcé.

05/08/2010

LES POESIES DE LAUTREAMONT, QUELQUES REPERES BIBLIOGRAPHIQUES

PAR BERNARD VASSOR

Mise à  jour le 5 août 2010 de l'article du 25 juin 2008 sur ce même blog

D'après une étude de Rémy de Gourmont ;

33aa784ff8c2415e2a19d3a97e191af7.jpg
Au 7 rue du faubourg Montmartre au pied de l'immeuble, dans la courette, où est mort Lautréamont.
Cette plaque est régulièrement volée..
Isidore Lucien Ducasse, a vu le jour le 4 avril 1846 à Montévidéo. Mort à Paris le 24 novembre 1870.
LES CHANTS DE MALDOROR
Chant premier, Par *****,¨Paris
Imprimerie de Balitout, Questroy et Cie, 7 rue Baillif. Aout 1868, in-8° un peu grand de 32 pages sous couverture vert clair (pris 30 centimes).
Cette édition originale diffère de l'édition complète de Lacroix et Verbokoven**du 15 boulevard Montmartre. Certaines scènes sont typographiées à la manière du théâtre.
Il existe aussi de nombreuses corrections dans le premier chant.

"Les Chants de Maldoror" restés inachevés après le sixième chant. Lautréamont est malade, conscient de sa folie qu'il qualifie lui-même en faisant s'apostropher Maldoror par son énigmatique crapaud :

"Ton esprit est tellement malade qu'il ne s'en aperçoit pas, et que tu crois être dans ton naturel chaque fois qu'il sort de ta bouche des paroles insensées, quoique pleines d'une infernale grandeur"

Sur le point de mourir, il rédige dans un état fiévreux deux volumes de poésies, dont voici les références bibliographiques :

Poésie I :

"Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l'espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la froideur du calme et l'orgueil par la modestie". Paris, journaux politiques et littéraires. Librairie Gabrie, passage Verdeau, 25, 1870, fascicule de 16 pages in-8°, sous une couverture saumon très clair. La couverture porte sous le titre :

Prix 1 franc;

et à la quatrième page :

Avis.

"Cette publication permanente n'a pas de prix. Chaque souscripteur en fixe lui-le montant. Il ne donne du reste que ce qu'il veut. Les personnes qui recevront les deux premières livraisons sont priées de ne pas les refuser, sous quelque prétexte que ce soit."

Paris imprimerie de Balitout Questroy et Cie, 7 rue Baillif.

La deuxième livraison porte au verso de la couverture imprimée :

Envoi, puis au dessous :

Le gérant

I.D*

rue du faubourg Montmartre, 7.

Le fascicule a été déposé au ministère de l'Intérieur dans la semaine du 16 au 23 avril, et le fascicule II, dans la semaine du 18 au 25 juin 1870.

Dédicace :

"A Georges Dazet, Henri Mue, Pedro Zomaran, Louis Durcour, Joseph Bleumenstein, Joseph Durand.

A mes condisciples Lespès, Georges Minvielle, Auguste Delmas; Aux directeurs des revues Alfred Sircos, Frédéric Damé; Aux amis passés présents et futurs; A monsieur Histin, mon ancien professeur de réthorique; sont dédiées une fois pour toute les autres, les prosaïques morceaux que j'écrirai dans la suite des ages, et dont le premier commence à voir le jour d'hui, typographiquement parlant"

bf6ac56112581c1169e21af978255607.jpg
25 PASAGE JOUFFROY

*I.D. Isidore Ducasse bien sûr...

Voici ujne lettre de Ducasse adréssée à son "tuteur", le banquier Darasse chargé par son père de lui verser  une pension mensuelle :

Lettre de Lautréamont à Darasse

22 mai 1869

Monsieur,

C’est hier même que j’ai reçu votre lettre datée du 21 mai  ; c’était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l’occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi : parce que, si vous m’aviez annoncé l’autre jour, dans l’ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s’épuisaient, je n’aurais eu garde d’y toucher  ; mais certainement, j’aurais éprouvé autant de joie à ne pas écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire. Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit par la bizarrerie de mon père  ; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m’empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu’ici une feuille de papier à lettre venue de l’Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté ; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu’on pardonne aisément à un vieillard, et qui m’ont paru, à la première lecture, avoir eu l’air de vous imposer, à l’avenir peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d’un monsieur qui vient habiter la capitale…

… Pardon, Monsieur, j’ai une prière à vous faire : si mon père envoyait d’autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir ? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour ; mais vous n’auriez qu’à m’écrire un mot, et il est probable qu’alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule…

… Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité ! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire ; après avoir réfléchi beaucoup, je confesse qu’elle m’a paru remplie d’une notable quantité d’importance nulle.


À Monsieur Darasse

Paris, 12 mars 1870

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. J’ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais, une fois qu’il fut imprimé , il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu’il craignait le procureur-général. C’était quelque chose dans le genre du Manfred de Byron et du Konrad de Mieçkiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. l’édition avait coûté 1 200 f, dont j’avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l’eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d’aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c’est qu’elle est radicalement fausse ; par cette raison qu’on y discute les principes, et qu’il ne faut pas les discuter : c’est plus qu’injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l’ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l’ombre, le sombre, etc., c’est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher. Voilà pourquoi j’ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l’espoir, l’espérance, le CALME, le bonheur, le DEVOIR.Et c’est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens, et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans quatre ou cinq mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages ; chez Al. Lemerre. C’est ainsi qu’il verra que je travaille, et qu’il m’enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander, si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l’argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre.Et, en ce cas, il aurait fallu 200 f., pour l’impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. s’il n’avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l’écrire ?

J’ai l’honneur de vous saluer. I. Ducasse,

15 rue Vivienne.



Paris, le 9 novembre 1868. 

Monsieur,

Auriez-vous la bonté de faire la critique de cette brochure dans votre estimable journal. Pour des circonstances indépendantes de ma volonté, elle n'avait pu paraitre au mois d'août. Elle parait maintenant a la librairie du Petit Journal, et au passage Européen chez Weil et Bloch. Je dois publier le 2e chant à la fin de ce mois-ci chez Lacroix.    Agréez, Monsieur, mes salutations empressées.

L'Auteur.

 

 



22 mai 1869 

Monsieur,

C'est hier même que j'ai reçu votre lettre datée du 21 mai; c'était la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser passer ainsi l'occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi: parce que, si vous m'aviez annoncé l'autre jour, dans l'ignorance de ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est placée, que les fonds s'épuisaient, je n'aurais eu garde d'y toucher; mais certainement j'aurais éprouvé autant de joie à ne pas vous écrire ces trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire.

Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit vaguement par la bizarrerie de mon père; mais vous avez deviné que mon mal de tête ne m'empêche pas de considérer avec attention la difficile situation où vous a placé jusqu'ici une feuille de papier à lettre venue de l'Amérique du Sud, dont le principal défaut était le manque de clarté; car je ne mets pas en ligne de compte la malsonnance de certaines observations mélancoliques qu'on pardonne aisément à un vieillard, et qui m'ont paru, à la première lecture, avoir eu l'air de vous imposer, à l'avenir, peut-être, la nécessité de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d'un monsieur qui vient habiter la capitale...

Pardon, monsieur, j'ai une prière à vous faire: si mon père vous envoyait d'autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour; mais vous n'auriez qu'à m'écrire un mot, et il est probable qu'alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule... Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire; après avoir réflechi beaucoup, je confesse qu'elle m'a paru remplie d'une notable quantité d'importance nulle...

[..............] 

Retour

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 

 

Lettre à Poulet-Malassis

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

Au même

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.


 

 


Paris, 12 mars 1870. 

Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard.

Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne

4. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 23 octobre [1869].--Laissez-moi d'abord vous expliquer ma situation. J'ai chanté le mal comme ont fait Mickiewickz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. Naturellement, j'ai un peu exagéré le diapason pour faire du nouveau dans le sens de cette littérature sublime qui ne chante le désespoir que pour opprimer le lecteur, et lui faire désirer le bien comme remède. Ainsi donc, c'est toujours le bien qu'on chante en somme, seulement par une méthode plus philosophique et moins naïve que l'ancienne école, dont Victor Hugo et quelques autres sont les seuls représentants qui soient encore vivants. Vendez, je ne vous en empêche pas: que faut-il que je fasse pour cela ? Faites vos conditions. Ce que je voudrais, c'est que le service de la critique soit fait aux principaux lundistes. Eux seuls jugeront en ler et dernier ressort le commencement d'une publication qui ne verra sa fin évidemment que plus tard, lorsque j'aurai vu la mienne. Ainsi donc, la morale de la fin n'est pas encore faite. Et cependant, il y a déjà une immense douleur a chaque page. Est-ce le mal, cela ? Non, certes. Je vous en serai reconnaissant, parce que si la critique en disait du bien, je pourrais dans les éditions suivantes retrancher quelques pièces, trop puissantes. Ainsi donc, ce que je désire avant tout, c'est être jugé par la critique, et, une fois connu, ça ira tout seul. T.A.V.

I. Ducasse

M.I. Ducasse, 
rue du Faubourg-Montmartre, 32. 


 

5. Lettre à POULET-MALASSIS (?)

 

Paris, 27 octobre.[1869].-- J'ai parlé à Lacroix conformément à vos instructions. Il vous écrira nécessairement. Elles sont acceptées, vos propositions: le Que je vous fasse vendeur pour moi, le Quarante pour % et le 13e ex. Puisque les circonstances ont rendu l'ouvrage digne jusqu'à un certain point de figurer avantageusement dans votre catalogue, je crois qu'il peut se vendre un peu plus cher, je n'y vois pas d'inconvénient. Au reste, de ce côté-là, les esprits seront mieux préparés qu'en France pour savourer cette poésie de révolte. Ernest Naville (correspondant de l'lnstitut de France) a fait l'année dernière, en citant les philosophes et les poètes maudits, des conférences sur Le problème du mal, à Genève et à Lausanne, qui ont dû marquer leur trace dans les esprits par un courant insensible qui va de plus en plus s'élargissant. Il les a ensuite réunies en un volume. Je lui enverrai un exemplaire. Dans les éditions suivantes, il pourra parler de moi, car je reprends avec plus de vigueur que mes prédécesseurs cette thèse étrange, et son livre, qui a paru à Paris, chez Cherbuliez le libraire, correspondant de la Suisse Romande et de la Belgique, et à Genève, dans la même librairie, me fera connaître indirectement en France. C'est une affaire de temps. Quand vous m'enverrez les exemplaires, vous m'en ferez parvenir 20, ils suffiront. T.A.V.

I. Ducasse.


 

6. Lettre à POULET-MALASSIS

 


Paris 21 février 1870 

Monsieur,

Auriez vous la bonté de m'envoyer Le Supplément aux poésies de Baudelalre. Je vous envoie ci-inclus 2 f., le prix, en timbres de la poste. Pourvu que ce soit le plus töt possible, parce que j'en aurais besoin pour un ouvrage dont je parle plus bas. J'ai l'honneur etc.

I. Ducasse,
Faubourg Montmartre, 32

Lacroix a-t-il cédé l'édition ou qu'en a-t-il fait? Ou, l'avez-vous refusée? Il ne m'en a rien dit. Je ne l'ai pas vu depuis lors.--Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire. J'y corrige en même temps 6 pièces des plus mauvaises de mon sacré bouquin.

 

7. Lettre à Monsieur DARASSE

 


Paris, 12 mars 1870.  Monsieur,

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard. Je viens, Monsieur, vous demander si mon père vous a dit que vous me délivrassiez de l'argent, en dehors de la pension, depuis les mois de novembre et de décembre. Et, en ce cas, il m'aurait fallu 200 fr., pour l'impression de la préface, que je pourrais envoyer, ainsi, le 22, à Montevideo. S'il n'avait rien dit, auriez-vous la bonté de me l'écrire? J'ai l'honneur de vous saluer.

I. Ducasse,
15, rue Vivienne.

Pour conclure provisoirement : Après sa mort, Isidore fut inhumé au cimetière Montmartre. Comble de malheur, quelques jours après, sa tombe fut pulvérisée par un obus prussien.


**L'éditeur des "Misérables", ayant aussi un pied à Bruxelles. Le roman étant interdit en France.

09/07/2010

Félix Pyat : pour la célébration du bicentenaire de sa naissance, publication par Guy Sabatier d'une pièce demeurée inédite depuis 1848.

Par Bernard Vassor

Felix pyat médecin de Neron guy sabatier.jpg

Médecin de Néron

Avec cette pièce, il ne s'agit pas moins pour Pyat que d'extirper le mal absolu incarné par le pouvoir des Césars pour réaliser le paradis terrestre de tous les opprimés (des esclaves des catacombes aux travailleurs des fabriques.

Le manifeste de Karl Marx vient de paraître. Le spectre du communisme auquel s'opposent toutes les puissances telles que le pape, le tsar, Metternich, Guizot, hante alors l'Europe. A la suite de la révolution de février en France, Félix Pyat est devenu représentant du peuple à l'Assemblée Constituante : il se bat pour le droit au travail et lutte contre Tocqueville qui veut instaurer l'élection du président de la République au suffrage universel. Il délaisse le théâtre pour la politique, ce qui l'entraînera dans un exil de trente ans (y compris après avoir été membre de la Commune de Paris (dont il a été l'élu comme membre dans le Xe arrondissement et siègea à l'Hôtel-de-Ville ).

Mais l'esprit de son socialisme utopique et eschatologique continue de souffler dans ses oeuvres. Guy Sabatier en a retrouvé le manuscrit qui avait été sauvegardé par Henry Mathey, ouvrier-bijoutier lui aussi communard ( je crois secrétaire et exécuteur testamentaire de Félix Pyat) qui le recopia en plusieurs exemplaires du fait de son admiration pour Pyat. Mathey mourut à l'hospice de Brévannes en 1913 et Lucien Descaves qui lui avait rendu visite, récupéra un exemplaire.

Comment guérir un empereur, incarnation du mal absolu, pour qu'il cesse définitivement de nuire, tel est l'intrigue de ce drame ?

Guy Sabatier

a déjà publié sa thèse aux éditions L'Harmattan en 1998, sous le titre de "Le Mélodrame de la République sociale et le théâtre de Félix Pyat" (2 tomes) Depuis, il n'a cessé  d'approfondir l'étude du genre mélodramatique (il a ainsi publié : "Ne nous reste-t-il que l'errance ?" en 2005).Il prépare une biographie politique complète de Félix Pyat (premier volume déjà paru à compte d'auteur : "L'amorce révolutionnaire 1810-1864")

ISBN : 978 2 296 12647 3

20.50 euros

La couverture représente un fragment du tableau de Thomas Couture : "Les Romains de la décadence" qui figura au salon de 1847.

https://autourduperetanguy.blogspirit.com/archive/2010/06...

08/07/2010

Sur les pas de Paul Léautaud dans "Bréda street"


Paul Léautaud (1872-1956)

Par Bernard Vassor

« Mon enfance s’est passée toute entière dans ce quartier de Paris qui va de la Butte Montmartre aux grands boulevards, et qui est bordée, d’un côté, par la rue de Clichy et la Chaussée d’Antin, et de l’autre, par la rue Rochechouart et le faubourg Montmartre. La région qui m’était la plus familière, celle où mes yeux s’emplissaient des images que je devais conserver toujours était celle qui est comprise entre les rues Notre-Dame-de-Lorette et Fontaine, les boulevards de Clichy et Rochechouart, et les rue Rochechouart et Lamartine. »

Ballotté entre un père comédien divorcé, sa mère Jeanne Forestier, une« cocotte » qui l’a abandonné dès sa naissance, et la domestique de Léautaud père qui va vraiment l’élever. Les rares rencontres avec sa mère se faisaient dans des « maisons meublées », la plus mémorable fut cette entrevue, passage Laferrière en 1881 : «  dans une maison qui existe encore je crois [?], le passage Laferrière est devenu depuis la rue Laferrière et les deux grilles qui fermaient à ses deux extrémités, rue Notre-Dame-de-Lorette et rue Bréda (Henri Monnier), ont disparu »

Celle qui lui servira de mère, Marie Pezé habitait au 14 rue Clauzel au dernier étage, et c’est là que le petit Paul a passé la plus grande partie du temps sa petite enfance.

«  Ma chère maman Pezé, je revois parfaitement la petite chambre mansardée que Marie occupait au sixième étage et que nous regagnions chaque soir vers les neuf heures et demie. Je voulais toujours qu’elle me porta pour monter l’escalier. Arrivée au cinquième, elle prenait un petit couloir obscur, qui jusqu’à un escalier tournant d’une dizaine de marches au plus qui menait au sixième étage. La porte de la chambre était juste en face. Comme j’y étais bien dans cette chambre, et quelles heures tranquiles j’y ai vécues, bien plus heureux que dans les appartements paternels ! »

Le domicile du père était dans un petit pavillon du 21 rue des Martyrs.

Je ne sais pas en quelle année, Marie Pezé est sortie de la vie du « Petit ami », mais, dans une lettre à sa tante Fanny Forestier du 31 décembre 1882, Paul Léautaud. après le déménagement à Courbevoie, lui écrivit :

« Ma Chère tante [], (…) je vous demanderai de m’envoyer le nom et l’adresse de ma mère. Mon père vous souhaite une bonne année et une bonne santé ainsi que moi, Madame Pezé vous souhaite bien le bonjour. 
Je vous embrasse de tout mon cœur. 
Paul Léautaud 
3 avenue de la République 
Courbevoie 
Seine. »

Dans le volume de la « Correspondance », il ne sera plus question de Marie Pezé, qu’est-elle devenue ?

D’autre part, Léautaud semble ignorer que le père Tanguy, depuis l’année de naissance du Paul, tenait la boutique du 14 rue Clauzel, et que Vincent Van Gogh était un habitué de cette maison jusqu’en 1889… (Emile Bernard avait dans un long article au "Mercure de France", mentionne le 14 rue Clauzel). L’immeuble était alors fréquenté par des « insoumises », des "fenestrières" comme on disait à l’époque.

Quelques ouvrages de Paul Léautaud :
Le Journal Littéraire, 17 volumes je crois, à quand une réédition ? 
Le Petit ami, Mercure de France 1903 
Paul Léautaud Correspondance 1, 10/18 domaine français © 1972 
Archives personnelles 
Archives de la Préfecture de police 
Pour l’histoire des fenestrières consulter le site de Noëlle Benhamou, la spécialiste de Maupassant qui a vécu au 19 rue Clauzel presque en face du 14 ,http://perso.wanadoo.fr/maupassantiana.

mise à jour le 08/07/2010.

07/07/2010

Amusements et curiosités littéraires : De la supposition d'auteurs, des plagiats canulars et supercheries


Michel Chasles (1793-1880), mathématicien, membre de l'Académie des Sciences et de la Royal Society.

Depuis la renaissance, l'histoire fourmille de petites mystifications et de grandes escroqueries littéraires.

Déja, au seizième siècle, le savant de Modène, Sigonio (1520-1584) avait découvert quelques fragments d'un traité de Cicéron au moyen duquel il recomposa un ouvrage entier. Ce n'est qu'à la fin du dix-huitième siècle que l'on découvrit la supercherie dans une lettre où Sigonio avouait être l'auteur de "de Consolation" supposé être de la main de Cicéron. Pourtant, un de ses élèves Ricoboni, avait découvert la fraude et s'était empressé de la signaler, mais personne ne lui accorda aucun crédit.

Joseph Scaliger, un des plus grands érudits du seizième, fut la victime d'un de ses amis qui lui avait donné à publié de supposées pièces de comiques anciens "Attius et Trabéas" qui n'existaient que dans l'imagination de Marc-Antoine Muret.

L'histoire de la peinture en Italie, Stendhal plagiaire !!!

"Tout ce que disait Lanzi, ne se trouve pas

dans Stendhal, mais tout ce qu'écrivait

Stendhal, se trouve dans Lanzi"

C'est la deuxième publication donnée par Henri Beyle qui est le plagiat d'un ouvrage de l'abbé Luigi Lanzi (1732-1810), directeur du Musée de Florence : "Storia picturia dell'italia" paru en 1795-1796. Dans l'introduction Stendhal utilise de larges extraits de Richardson du "Trattato della pittura". Il envoie son manuscrit à son éditeur le 30 mai 1817. "A l'époque où il commence à écrire, il ne connait pas grand chose à la peinture. Il emprunte aux auteurs qu'il consulte, et s'approprie des pages entières, auxquelles il ne fait subire que de minimes changements. Il coupe, condense ou allonge, mêlant à plaisir le bien d'autrui et ses réflexions personnelles"(Henri Martineau). Dans sa première étude sur Haydn, en 1815, Henri Beyle avait "oublié" de mentionner que le livre était traduit de l'italien; car Carpiani son véritable auteur protesta. Mais Beyle qui s'était caché sous le pseudonyme de Bombet, échappa de peu à la disgrâce de voir son nom éclaboussé.

......

L'affaire Vrain-Lucas

"Billet d'Alexandre le Grand à Aristote : A son très aimé Aristote : Mon amé, ne suys pas satisfait de ce qu'avez rendu public aucun de vos livres, que deviez garder sous le scel du mystère ; car c'est en profaner la valeur... Quant à ce que m'avez mandé d'aller faire un voyage au pays des Gaules, afin d'y apprendre la science des druides, non seulement vous le permets, mais vous y engage pour le bien de mon peuple, car vous n'ignorez pas lestime que je fais d'icelle nation que je considère comme étant ce qui porte la lumière dans le monde. Je vous salue. Ce XX des kalendes de mai, an de CV Olympiade."

Signé - ALEXANDRE

Coup de tonnerre à l'académie des Sciences, le grand savant Michel Chasle, dans une communication en 1867, révèle que ce n'est pas le chétif et maladif Newton qui a découvert les lois de la gravitation. En effet, c'est le Français Blaise Pascal qui ,en est à l'origine !

"Je détiens les preuves  de cette abominable escroquerie" déclare l'éminent académicien. Il a pour preuves, une dizaine de lettres de Pascal, adressées à un jeune étudiant nommé Newton, en lui indiquant  l'avancement de ses travaux sur le sujet. L'auteur des Pensées évoquait, dans ces lettres, en 1648, du système des lois d'attraction dont Newton ne devait avoir la révélation que vingt ans plus tard ! Donc, Newton ne fit que recopier ces éléments qui vont bouleverser l'histoire de la physique et des sciences.

Cocorico !!! La France entière, le gouvernement impérial qui a le privilège de détenir la garde de ces saintes relique, la presse souligne l'évènement, des chansonniers composent des hymnes à la gloire à la fois de Pascal et de Chasles, en n'oubliant pas de démontrer "la superiorité des Français, face à ces stupides Anglais.

Trois années plus tard, un procès s'ouvrit devant le tribunal correctionnelle de la Seine.  Le faussaire, fournisseur des documents vendus à l'académicien comparait pour avoir fabriqué des faux. Au lieu de nier, un certain Denis Vrain-Lucas, se prête complaisamment aux questions des accusateurs.

Il décrit les difficultés de son métier...comment se procurer du papier ancien, comment pour donner un aspect ancien, roussir les feuilles une à une à la flamme de chandelles.

Le  nombre de faux documents, plus de 27 000, est examiné par la cour. On y trouve pêle-mêle dans les travaux du stakanoviste Vrain-Lucas des lettres de Socrate à Euclide, d'Héloïse à Abélar, de Saint-Eloi à Dagobert, de Jules César à Vercingétorix, de Charles Quint à Rabelais.

Le prévenu fut condamné à deux ans de prison et une amende. Le savant Michel Chasles qui avait fini par saisir la justice fut déconsidéré à jamais.

La Chasse spirituelle :

Stupéfaction dans le landerneau rimbaldien !

Le journal "Combat", en 1949, annoncait avoir retrouvé le manuscrit légendaire d'un texte de Rimbaud de 34 pages intitulé :"La Chasse spirituelle" et l'avoir fait publier dans le "Mercure de France". Branle-bas de combat, les rimbaldolâtres, comme toujours ne tarissaient pas d'éloge sur cette pièce digne du génie d'Arthur. Ce manuscrit, "miraculeusement retrouvé chez un collectionneur" fut authentifié par nombre de "spécialistes" de Rimbaud.

Cela n'empêche pas aujourd'hui encore, de retrouver "miraculeusement" chaque année photographies, texte inédits, révolver de Verlaine avec la caution de rimbaldophiles patentés.

Ce texte fantôme, qui avait été oublié par Rimbaud, rue Nicolet chez les Mauté, Matilde, la femme de Verlaine disait l'avoir donné à Philippe Burty. Depuis, 1872, personne n'avait retrouvé la trace de ce texte mythique.

Mais, quelques semaines plus tard, deux comédiens, Nicolas Bataille et Mme Akakia Viala,  qui avaient monté "Une Saison en enfer" furent éreintés par ces mêmes "spécialistes rimbaldiens", ils levèrent le voile, en reconnaissant être les auteurs de cette supercherie, pour confondre et démontrer l'incompétence des prétendus spécialistes.

Seul André Breton s'était indigné : " «Combat" présente aujourd’hui un document littéraire exceptionnel que l’on croyait perdu depuis 1872.»

Aujourd'hui encore, chaque année voit des photos retrouvées miraculeusement, le révolver de Rimbaud, des poèmes ou des textes inédits retrouvés tout aussi miraculeusement, avec la caution de rimbaldophiles patentés. Cela fait beaucoup de miracles pour un homme qui

avait dit :"Merde à Dieu"

05/07/2010

Amusements et récréations littéraires : "Des vers figurés"

Par Bernard Vassor

DIVE BOUTEILLE RABELAIS.jpg
Prière de Panurge à la dive bouteille, plagiée plus tard par les chansonniers Charles-François Panard dit Pannard (1674-1765) et Pierre Capelle libraire éditeur de surcroit.
Pannard bouteille néga 02.jpg
Les vers figurés, c'est-à dire  offrant la représentation d'objets matériels , dont Guillaume Apollinaire s'inspira pour la composition de ses "Calligrammes".
Mais, c'est au poète lyrique Simmias de Rhodes vivant selon  Vossius, vers 324 avant J-C. sous le règne de Ptolémé Lagide, à qui nous devons ce procédé littéraire.
L'hélléniste Jean-Fraçois Boissonnade, dans le "Journal de l'Empire" du 18 novembre 1807, nous donne la description du poème de Simmias "Les Ailes"« Les Ailes sont composées chacune de six plumes ou de six vers chorïambiques, qui diminuent graduellement de mesure, et par conséquent de longueur, selon leur position dans l'aile, jusqu'au dernier qui n'a que trois syllabes. Simmias a voulu que le sujet de son poème eût quelque rapport avec sa forme : il y fait parler le dieu qui porte des ailes, l'Amour ; non pas la vulgaire divinité qui naquit de Vénus , mais cet antique Amour que chantent les vieilles cosmogonies, le principe créateur et contemporain du destin.Il doit y avoir plus de mérite dans l'Oeuf, car il y a plus de difficulté. Chaque bout est formé de très petits vers qui s'allongent progressivement jusqu'au milieu. Mais ce n'est pas tout : le poème, lu de suite, est absurde, inintelligible, c'est une énigme sans mot. Il faut, pour trouver une espèce de sens, aller du premier vers au dernier, du second à l'avant-dernier, du troisième à l'antépénultième, et ainsi de suite jusqu'aux deux vers du milieu»
En usage pendant le moyen-âge, les vers figurés grecs ou latins furent fort prisés au seizième et dix-septième siècle.
Nous en trouvons la trace dans deux ouvrages, l'un, "Urania" de Balthasar Bonifacio, l'autre dans la "Métametrica"de Caramuel, un in-folio avec mention d'édition : Rome, 1663.

03/07/2010

Amusements et récréations littéraires : De la contrepetterie* et des anagrammes

Par Bernard Vassor

rabelais portrait 002 cadre.jpg

 

 

"Car il disoit qu'il n'y avoit qu'une antistrophe
entre femme folle à la messe, et femme molle, à la fesse»
« Mais, équivocquez sur À Beaumont le viconte.
François Rabelais
La gymnastique de l'esprit :

La contrepèterie est une "antistrophe" burlesque qui consiste à échanger les initiales de mots d'une phrase, de manière à lui donner un nouveau sens amusant et curieux. Nous devons certainement ce procédé comique et généralement indécent au "gentil sçavant et gracieux Maître François" qui l'inventa vers 1532 :  livre II, chap. XVI : Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua. L'effet comique est parfois amené par le changement de l'ordre des mots, dans le prologue du Tiers  Livre : ""Le coq d'Euclion pour en grattant avoir descouvert le thesor, eut la couppe gorgée"

Le terme antistrophe, ou équivoque fut utilisé par Rabelais et ses imitateurs, mais nous devons à Etienne Tabourot (1547-1590) le mot contrepetterie, provenant du verbe contrepetter. Le contrepet est lui-même une contrepèterie !!!

TABOUROT bigarrures négatif.jpg
La langue française doit beaucoup à Tabourot. Nous trouvons dans la table des chapitres  des "Bigarrures" la liste des sujets  traités :
"Des Equivoques François**.
Des equivoques doubles
Des Amphibiologies.
Des Antistrophes, rencontres ou contrepeteries.
Des Ananagrammatissimes ou Anagrammes.
(..)
Des  Acrostiches.
Des vers léonins.
Des vers couppez.
.......
Des anagrammes

On appelle anagramme, la transposition et combinaison entre elles des lettres d'un nom ou d'un mot quelconque de manière à en tirer un sens. Il faut que toutes les lettres soient utilisées pour en tier un sens.
Rabelais (encore lui !) fut un grand utilisateur de ce genre.
Les plus anciennes anagrammes connues sont attribuées au poète de Lycophon, vers 280 avant J-C. Il avait fait de la violette de junon "ion eras", le nom d'"Arsinoé", et de Ptolemotios "apo melitos" c'est à dire le miel.
Roger Bacon (1214-1294) :« Ce moine, méconnu et horriblement persécuté pendant sa vie, est la plus grande figure scientifique du Moyen Âge. C’est le génie le plus vaste et le plus complet qui, dans cette longue période, se soit produit en Europe» donna de cette façon, la composition de la poudre à canon.
La troisième partie de la "cabale" chez les juifs n'est que l'art de faire des anagrammes et a pour but de trouver le sens caché et mystérieux au moyen de la transposition de lettres et de mots. Les alchimistes du moyen-âge employèrent des anagrammes pour communiquer avec leurs adeptes.
Le poète limousin à la mémoire phénoménale, Jean Daurat ou Dorat (1508-1588) mit les anagrammes en vogue, si bien que chacun voulait s'en mêler. Des personnages illustres lui donnèrent leur nom à anagrammiser, si bien que cette manie gagna non seulement la France, mais l'Europe entière. Tallement des Réaux raconte l'histoire suivante dans l'historiette qu'il a consacrée à Henri IV :
"Un monsieur de Vienne qui s'appelait Jean, était bien embarrassé pour anagrammiser son propre nom. Le roi le trouva par hasard dans cette préoccupation : "Et bien ! lui dit-il, il n'y a rien de plus aisé, que : Jean de Vienne, devienne Jean".
Le poète Guillaume Colletet (1598-1659) mit fin à cette mode qui tomba en désuétude jusqu'au XIX° siècle, dans des vers adressés au grammairien Gilles Ménage, qu'il tourna en ridicule :
"Cet exercice monacal
Ne trouve son point vertical
Que dans une tête blessée,
Et sur le Parnasse, nous tenons
Que tous les renverseurs de noms,
Ont la cervelle renversée"
Le vingtième siècle vit le renouveau de cette fantaisie.
Quelques personnages célèbres :
Pierre de Ronsard, rose de Pindare.
Frère Jean-Jacque-Clément, c'est l'enfer qui m'a créé.
Napoléon, empereur des Français, un pope serf a sacré le noir démon.
Albert Einstein, rien n'est établi.
Et le mot de la fin :
Police= picole.
....................
*Orthographe la plus usitée jusqu'au XIX° siècle.
**SIC...

01/07/2010

Amusements littéraires : LES VERS LIPOGRAMMATIQUES

Par Bernard Vassor

PEREC PORTRAIT CADRE.jpg

On désigne sous le nom de lipogrammatiques, des textes où l'on a omis volontairement une lettre de l'alphabet. C'est le poète grec Lasus* (fils de Charbin d'Hermione) dans le Péloponèse, qui vivait vers 550 avant J-C** qui a le premier (à ma connaissance) avait composé des odes, où manquaient la lettre S. Plus tard, Pindare composa une ode avec la suppression de même lettre. Nestor, lui avait composé une Illiade, dont les 24 lettres de l'alphabet manquaient tour à tour.

Dans le premier chant manquait l'alpha, le deuxième le béta, et ainsi de suite. Tryphiodore, grammairien et poète égyptien écrivant en grec, qui vivait au cinquième siècle écrivit en 24 chants une Odyssée lipogrammatique.

Au moyen âge, un moine : Fabius Claudius Giordanus Fulgentius mort vers l'an 530 de notre ère, donna un ouvrage en prose suivant l'ordre des 23 lettres latines, en 23 chapitres dont il nous est parvenu 13 chapitres entiers qui furent publiés sous le titre de "Liber absque litteris, de aetatibus mundi et hominis absque,  Poitiers 1696. Le premier chapitre est sans le A, le deuxième sans le B et ainsi de suite.

Le chanoine de Saint-Denis Pierre de Biga mort en 1209, a inclus dans un poème de nombreuses tirades sans A, B etc...

Le poète Salomon Certon (mort en 1610) et l'abbé de Court (Les Variétés ingénieuses) se sont livré à cet exercice en n'utilisant que 4 voyelles.

En Espagne, Lope de Vega a publié des nouvelles en prose où manquent tour à tour l'une des voyelles.

 

........................................................

LIPOGRAMME (sans "e")

GEORGES PEREC, "Vocalisations"
(La Disparition
-1969)

A noir, (Un blanc), I roux, U safran, O azur:

Nous saurons au jour dit ta vocalisation:

A, noir carcan poilu d'un scintillant morpion

Qui bombinait autour d'un nidoral impur,

Caps obscurs; qui, cristal du brouillard ou du Khan,

Harpons du fjord hautain, Rois Blancs, frissons d'anis?

I, carmins, sang vomi, riant ainsi qu'un lis

Dans un courroux ou dans un alcool mortifiant;

U, scintillations, rond divins du flot marin,

Paix du pâtis tissu d'animaux, paix du fin

Sillon qu'un fol savoir aux grands fronts imprima;

O, finitif clairon aux accords d'aiguisoir,

Soupirs ahurissant Nadir ou Nirvâna:

O l'omicron, rayon violin dans son Voir!

*Lasus fut aussi le premier à composer de la musique. s'était spécialisé dans des poésies que l'on nommait Dythirambes dédiés à Bachus

**Olympiade 106 de Rome il vivait au temps de Darius (1°) Hystapes (-550 -486)

A SUIVRE : La contrepetterie (orthographe usité jusqu'au milieu ,du XIX° siècle)

01/06/2010

Actes du colloque "Zola au Panthéon"

Les actes du colloque "Zola au Panthéon" vont être publiés prochainement par les Presses Sorbonne nouvelle. Vous trouverez ci-après la table des matières du volume et, en fichier joint, un bon de souscription qui vous permettra de vous procurer le volume si vous le souhaitez.
Bien cordialement.
___________________________________
Avant-propos, par Alain PAGES.
I. Première partie.  1906-1908. Un combat dreyfusard

Histoire d'une panthéonisation
Antoine COMPAGNON : Les ennemis de Zola.
Michel DROUIN : La quatrième affaire Dreyfus.
Marc KNOBEL : La cérémonie de juin 1908.
Jean-Sébastien MACKE : "Gloire à Zola" : une panthéonisation en musique et en chansons.
Philippe ORIOL : "L'apothéose de la calomnie": la dernière offensive antidreyfusarde.
Vincent DUCLERT : La République devant l'Affaire.

Enjeux idéologiques
Béatrice LAVILLE : Une esthétique de l'engagement.
Sophie GUERMES : La question du progrès dans les Évangiles.
Christophe REFFAIT : Les réticences dreyfusardes envers l'ouvre de Zola.

II. Deuxième partie.  1908-2008. Un destin littéraire

Archives de l'oeuvre
Michèle SACQUIN : Les manuscrits de Zola à la BnF.
David BAGULEY : La bibliographie du "troisième Zola".
Silvia DISEGNI : Zola mis à l'Index.

Mémoires zoliennes
Adeline WRONA : Figures du grand homme.
Martine LE BLOND-ZOLA : Un livre de Denise Le Blond-Zola : Émile Zola raconté par sa fille.
Brigitte EMILE-ZOLA : La panthéonisation racontée par Jacques Émile-Zola.
François LABADENS : Le caveau XXIV.

Epilogue
Cyrille ZOLA-PLACE : Actualité de l'écriture zolienne.
Anna GURAL-MIGDAL : Zola à travers le cinéma contemporain.

Bibliographie, par David BAGULEY.

30/04/2010

Alexandre Dumas reprend ses Mémoires !!!

Par Bernard Vassor 

dUMAS PAR mARCELIN.jpg

Dans le Petit Jourrnal pour rire :  POUR MÉMOIRES ! - par Marcelin

En cette année 1856, Dumas reprend la rédaction ses "Mémoires" commencée en 1852 chez Michel Lévy. Le dixième volume se termine par ces phrases :

"Et maintenant, nous demandons à nos patients et fidèles lecteurs la permission de clore provisoirement ici la série de nos "Mémoires". Plus tard - si l'accueil qui leur est fait répond à notre attente, et que Dieu veuille bien nous prêter vie - nous reprendrons notre plume de chroniquer, avec l'espoir de fournir de nouveaux et curieux matériaux à l'histoire véridique de notre temps".

 

Dumas avant-dernier chapitre.jpg
L'avant-dernier chapitre : La Révolution de 1830.
Tout au long de ces milliers de pages, Alexandre Dumas évoque sa jeunesse, la vie de son père, et l'histoire, parfois romancée  (et enjolivée) de ces années romantiques.

30/03/2010

"On est pas sérieux quand on a 25 ans" par Guy de Maupassant

PAR BERNARD VASSOR

"A la Feuille de Rose, la Maison turque"

maison turque hauteur.jpg
Frontispice "à système", procédé déjà utilisé par Mérimée pour dévoiler
progressivement son portrait en "comtesse Clara Gazul"
....................
La nuit de noce de monsieur et madame Beauflanquet...
Le texte de la pièce est accessible à l'adresse suivante : http://www.maupassantiana.fr/Oeuvre/ThAlafeuillederose.html
..............
C'est avec son ami d'enfance Robert Pinchon (surnommé la Toque)  que Maupassant écrivit cette pochade pornographique. La pièce fut jouée à plusieurs reprises : en 1875, en 1877 et en 1879. Maupassant habitait alors 2 rue Moncey, une petite chambre au rez-de-chaussée donnant sur cour puis 17 rue Clauzel au 3étage.
Maupassant feuile de rose.jpg
"La Maison turque", est un clin d'oeil à Flaubert qui décrit un bordel parisien dans "L'Education sentimentale" dont l'enseigne d'un lupanar affichait : "La Maison de Zoraïde". Maupassant y a ajouté des scènes de tribadisme, d'exhibitionnisme et de rapports sexuels collectifs.
L'édition princeps de cette pièce ne fut publiée à tirage limité qu'en 1945 !
Tous les rôles masculins ou féminins étaient tenus par : Maupassant lui-même, Octave Mirbeau, Robert Pinchon, Léon Fontaine, rien que des hommes. Le public était composé de Flaubert (à qui la pièce était dédiée, avait trouvé la pièce "rafraîchissanté" ) Goncourt Edmond (qui la  qualifia de salauderie ) Emile Zola, Paul Alexis, Léon Hennique, Henri Céard (le tout Médan !) Antoine Guillemet, et Maurice Leloir qui avait mis son atelier du quai Voltaire à la disposition de ses amis. Le texte avait été distribué sur un papier à en-tête du ministère de la marine où Maupassant était employé. Nous voyons que ses journées au ministère étaient bien remplies !
.La deuxième représentation eut lieu en 1877 dans l'atelier du peintre Georges Becker, 26 rue de Fleurus. La princesse Mathilde était venue y assister, la seconde femme était Suzanne Lagier pourtant réputée très très peu farouche au vocabulaire vraiment leste, et même franchement obscène en privé, avait quitté la représentation "avec éclat" en simulant l'indignation. Certains prétendent que cette pièce fut jouée chaque année du vivant de Maupassant, mais aucun témoignage ne vient confirmer cette supposition de Georges Normandy, un des premiers biographes de l'auteur de Boule de suif.
Pour  toutes les actualités sur Maupassant, consulter le site Maupassantiana de Noëlle Benhamou. Vous pouvez même vous abonner à sa lettre mensuelle.
mise à jour le 30/03/2010

29/03/2010

"On est pas sérieux quand on a 17 ans" par Marcel Proust !!!

PAR BERNARD VASSOR

a9884485a94807acb81987e784b3bb5e.jpg
"18 mai 1888
Jeudi soir
Mon cher petit grand-père
je viens réclamer de ta gentillesse la somme de 13 francs que je voulais demander à monsieur Nathan (son oncle du côté maternel), mais que maman préfère que je te demande. Voici pourquoi : j'avais besoin de voir une femme pour cause de mauvaises habitudes de masturbation que papa m'a donné (?) 10 francs pour aller au bordel. Mais dans mon émotion j'ai cassé un vase de nuit, 3 francs. 2° dans cette même émotion, je n'ai pas pu baiser. Me voilà donc comme devant attendant à chaque heure davantage 10 francs pour me vider. Mais je n'ose pas redemander sitôt de l'argent à papa." (....)
La suite est tout aussi inattendue, curieuse et incongrue. Le petit Marcel écrivit cette demande à son grand-père le 18 mai 1888. il était né le 10 juillet 1871...
mise à jour le 29/03/2010

12/03/2010

Geneviève Hodin, l'Alphabétaire insolite, suivi d'un lexique rimbaldien

&quo

Geneviève Hodin alphabétaire.jpg

« Il est de fait que Rimbaud a dévasté la poésie,

brisé l’instrument, détruit l’art classique du vers,

bouleversé la notion du rythme, et même d’une certaine façon,

l’art de s’exprimer logiquement. »

Emile Henriot

Geneviève Hodin récidive, après sa brochure : "Brillé, birilli, bérelle et autres curiosités rimbaldiennes" ouvrant de nouvelles pistes de recherches, voici qu'elle a composé avec la collaboration d'Yvette Bainey,un glossaire à partir du supplément du "Dictionnaire Landais"(1854) . Cet ouvrage est indispensable à la compréhension des textes du XIX° siècle dont les mots ont changé de sens, ou bien sont aujourd'hui ignorés. Le lecteur découvrira des définitions obsolètes, étonnantes et curieuses. Le recul invite à jouer avec les mots et parfois les idées.

Vient ensuite un glossaire des termes choisis par Arthur Rimbaud dans ses poésies, mots qui n'ont plus pour la plupart aujourd'hui le même sens qu'à son époque et que nous trouvons dans les Dictionnaires Landais de 1851 à 1854. L'acception des termes comme foire ("Les poètes de sept ans"), hannetonner ("Chant de Guerre parisien"), éclanche ("Mes petites amoureuses") s'en trouve complétée et ces vers éclairés d'un jour plus précis.

........................................

QUELQUES EXEMPLES LANDAIS.jpg

Geneviève Hodin, rimbaldienne passionnée, dont « Les Amis de Rimbaud », ont maintes fois appréciés ses connaissances lexicographiques, enrichit notre vision de l’œuvre de l’œuvre de Rimbaud, par le biais de curiosités instructives et amusantes.

Napoléon Landais lexicographe et littérateur né et mort à Paris (1803-1852) écrivit aussi de nombreux romans complètement oubliés aujourd'hui, sous le pseudonyme d'Eugène de Massy. Il proposa en 1837 : "De l'éducation et de l'instruction en France", écrit dans lequel il proposait une réforme dans l'instruction. Pierre Larousse, avec son sens bien connu de la mesure, juge la Grammaire générale et raisonnée de toutes les grammaires (1836 d'après P.Larousse) ( " Un livre très médiocre, sans esprit de synthèse"). En revanche, il fut apprécié d'Alexandre Dumas (le grand) et de bien d'autres littérateurs romantiques.

............................

Le rimbaldien découvrira que, parfois, les pampas, sont des hommes, les volets, dans "Le Bateau ivre" des volières, les pianistes, des malades, qu'une certaine Juana ("Les mains de Jeanne-Marie") fut dite "Jeanne la folle" etc..

POUR COMMANDER CE LIVRE :

En librairie ou chez l'éditeur

Jean-Louis-PAUL.

t; src="https://autourduperetanguy.blogspirit.com/media/01/01/1975701828.jpg" id="media-462716" alt="commander.jpg" style="border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;" />

 

 

 

222pages 105X205 mm

ISBN 2-84505-085-3



10/02/2010

La Princesse de Clèves et madame Marie-Madeleine Pioche de la Vergne comtesse de La Fayette

Par Bernard Vassor

"La Princesse de Clèves, le plus beau roman du siècle (le XVII°)

en offre aux yeux toutes les beautés;

c'est une femme qui parle; il est naturel

qu'elle ait bien choisi; d'ailleurs,

elle faisait un roman (..)  Le petit livre

de Mme de La Fayette est un écrin d'or

où luisent les purs diamants dont se paraient l'aristocratie polie

Après avoir ouvert le cabinet, il est à propos d'ouvrir l'écrin"

Taine 1857

 

La fayette princesse de Clèves.jpg

Edition originale, auteur anonyme en 4 volumes avec la mention : Achevé d'imprimer pour la première fois le 8 mars (aujourd'hui journée de la femme) 1678.

Madame de La Fayette (1623-1693) écrivit ce qui est considéré comme le premier roman moderne. Ce livre historique dont l'action se déroule au siècle précédent à la cour du roi Henri II, marque un tournant dans la littérature, et donne pour la première fois une place prépondérante  à la littérature féminine.

Elle avait, comme madame de Sévigné reçu les enseignements de l'abbé Gilles Ménage et bénéficié du secours de Jean Regnault de Segrais et de son ami le duc de La Rochefoucault

La fayette princesse de Montpensier.jpg
Ce premier roman écrit en collaboration avec Segrais, fut un prélude à son chef-d'oeuvre paru 16 ans plus tard.
Il est amusant de noter dans l'avertissement du libraire au lecteur :
"En donnant cette histoire au public, je dois dire qu'elle n'a été tirée d'aucun manuscrit qui nous soit demeuré du temps des personnes dont elle parle. L'autheur ayant voulu pour son divertissement escrire des avantures inventées à plaisir, a jugé plus à propos de prendre des noms connus dans nos histoires, que de se servir de ceux que l'on trouve dans des romans"

Ce qui fait penser tout de suite à la formule consacrée utilisée de nos jours : "Toutes ressemblance avec ......"

 

La fayette ZYADE.jpg
Entre les deux ouvrages cités précédemment, Zaydé n'est signé que du nom seul de Segrais, qui reconnut plus tard que le roman était de la main de madame de La Fayette.
Faut-il être ignare ou inculte pour dénigrer ce fleuron du patrimoine et de l'identité française ?

06/02/2010

Rimbaud et Verlaine et "Le Rat Mort" à Paris et à Ostende

PAR BERNARD VASSOR
rat mort Alain Pouillard 02.jpg
Mon ami Alain Pouillart, correspondant des "Amis de Rimbaud" en Champagne me communique les 'informations suivantes :
"rat mort : bal à ostende depuis 1886 en souvenir du café du rat mort Paris, où Rimbaud tailladait les cuisses de
Verlaine !Le rat mort de Paris était tenu par un Belge à l'époque de Rimbaud. Dans le groupe des Belges en goguette qui emportèrent le souvenir de ce lieu lors d'une virée mémorable figurait le peintre Ensor, dont après Orsay, on fête le 150e anniversaire à Ostende.Prochain bal du rat mort à Ostende : mars 2010. On attend 2500 invités costumés.
Qui pourra m'en dire davantage sur cette étrange histoire (avec en + le passage de Rimbaud et Verlaine à Ostende)
Peut-être notre correspondant Belge ...ou nos futurs correspondants Anglais ?
Alain Pouillart
Taissy France"
.......
A ma connaissance, cette soirée très arrosée au Rat Mort avait commencé par un jeu qui consiste à écarter les doigts d'une main et de planter un couteau entre chaque phalange d'une main de plus en plus rapidement. A ce petit jeu, le couteau de Rimbaud dans un geste désordonné se serait retrouvé planté dans la cuisse de Verlaine.
Il y eut un précédent. Le 2 mars 1872, lors d'une réunion des "Vilains Bonshommes", les convives passablement éméchés, lisent des poèmes à tour de rôle. Quand vint le tour de Jean Aicard, il fut interrompu à chaque fin de vers par des gloussements
d'Arthur :"Merde, merde, c'est de la merde !". Furieux Etienne Carjat tenta de le calmer; alors, saisissant une canne épée, Rimbaud blessa Carjat au ventre (d'après une des versions de cette histoire)

Au n° 7 actuel de la place, un limonadier s’était installé en 1835. Cet établissement construit à l’angle de la rue Frochot et de la place, se nommait "le Grand Café de la Place Pigalle" mais les clients s’empressèrent de le baptiser "le Rat Mort" en raison de l’odeur pestilentielle qui empuantissait l’endroit le jour de l'inauguration, ce qui ne l’empêcha pas de devenir le rendez-vous de tout ce qui comptait comme journalistes, écrivains, peintres et jolies dames esseulées. On pouvait aussi rencontrer tous les chiens du quartier, terriers, épagneuls, bichons havanais, lévriers, barbets, caniches, qui s’y livraient à des combats acharnés. Le plafond représentant un immense rat crevé, avait été décoré par le peintre Léon Goupil qui, d'après des témoignages de l'époque était ivre du matin au soir. Une anecdote relate qu'un matin, sortant du Rat Mort, une bouteille à la main, il suivit un cortège funèbre qui passait place Pigalle pour se rendre au cimetière du Nord. Il chantait à tue-tête des couplets graveleux jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que son nom figurait sur une couronne mortuaire ! C'était la dépouille de sa femme  qui était dans le cercueil.....Aux alentours de 1880, ce cabaret devint une brasserie de femmes pour femmes.

RAT MORT FORAIN 03.jpg
Au Rat Mort à Paris
Ce dessin est de Jean-Louis Forain (surnommé par Verlaine la petite chatte blonde), compagnon de Verlaine et Rimbaud dans sa jeunesse, période que le peintre devenu mondain et réactionnaire renia jusqu'à la fin de ses jours.
RAT MORT 1900.jpg
Le Rat Mort vers 1900.
C'est en septembre 1872, que Rimbald et Verlaine prirent le bateau à Ostende pour se rendre à Londres en passant par Douvres

12:45 Publié dans Histoire littéraire | Tags : paris, ostende | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

24/01/2010

Le deuxième volume des Cahiers Alexandre Dumas consacré au Théâtre Historique, vient de paraître

 

Cahiers Dumas.jpg
Après le premier numéro qui engageait la "Société des Amis d'Alexandre Dumas" à participer à cette oeuvre collective, publié avec le concours  du Centre National du Livre. Ce premier cahier était dédié à la mémoire notre ami Pierre Gintzburger, à qui les Cahiers doivent tant, et comprenait
1. La Naissance du Théâtre Historique par Jean-Claude Yon
2. Le répertoire.
3. La troupe.
Cahier Dumas comité rédaction.jpg
Théâtre historique salle.jpg
Le deuxième volume de 224 pages donne les noms des directeurs, décorateurs, musique, correspondances, censure.
Ces volumes sont distribués par "Les Belles Lettres"
I.S.S.N. 076168034
I.S.B.N. 9786-2-9518096-7-3
Adolphe Laferrière.jpg
Adolphe Laferrière

23:29 Publié dans Histoire littéraire | Tags : paris, dumas | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | Digg! Digg

19/02/2009

Sainte-Rose, la ville natale d'Alexandre Privat d'Anglemont , Suite

Par Bernard Vassor.

Je serai très reconnaissant à quelqu'un habitant Sainte-Rose, si une personne pouvait m'indiquer dans quel cimetière repose la famille Privat d'Anglemont, et le comble de mon bonheur serait une photo de la sépulture ou du caveau de famille qui figurerait en bonne place dans mes notices pour honorer ce poète. D'avance merci.....

05/02/2009

Quelques scènes de la vie de Bohème : "PRIVAT D'ANGLEMONT S'EMBËTE !" Une promenade dans Paris, en compagnie de Balzac, Dumas, Sue, Musset, Méry, Delacroix

Par Bernard Vassor 

 
69519eb0b312d464d9b0d129839fa896.jpg

PRIVAT D’ANGLEMONT, LE GENTILLOMME CLOCHARD 

(Privat d'Anglemont est né dans l'île Sainte-Rose près de la Martinique)

Il fut l'historiographe des bas-fonds de Paris, il était l'ami des plus grands écrivains de son temps, des patrons de cafés des filles de joie et des souteneurs du quartier des halles qu'il connaissait tous par leurs prénoms.

Il était un des "murs porteurs" de la Brasserie des Martyrs et du cabaret de Paul Niquet aux Halles.

............

 J'avais cherché depuis des années à localiser sa sépulture au cimetière Montmartre, où il ne figure pas sur les registres. J'ai maintenant l'explication ......

............ 

Quelques scènes humoristiques de la vie de bohème pour démontrer la polularité de Privat, alors qu'il est aujourd'hui presque oublié  par Alexandre Pothey :

Privat s'embête :
« Un matin, en passant dans la rue Saint-André-des-Arts, l'envie me prend de monter chez Alexandre Privat d'Anglemont. Je le trouvais achevant sa toilette et prêt à sortir.
« Comment vas-tu, mon vieil ami ?

--Peuh !je m'embête !
--Qoi ! m'écriai-je tout effrayé, tu es malade ?
--Non, mais je m'embête….
--Allons donc, ! il faut chasser cela, ; je ne te quitte pas, viens avec moi, et essayons de dissiper ce vilain mal »
Nous descendîmes. Devant le passage du Commerce*, j'aperçus Méry qui s'en allait tout emmitouflé sous les plis de son vaste manteau, malgré les ardeurs du soleil de juillet.
« Joseph ! mon bon Joseph ! »
--Qu'est-ce que c'est ?
--Une aventure bien extraordinaire, mon cher Joseph ! Privat s'embête.
--Privat ?….C'est impossible…Est-ce vrai Privat ?
--C'est vrai.
--Alors, mes enfants, je vais avec vous, et nous chercherons quelque distraction »
Le chapeau sur les yeux, les mains dans les poches de sa longue redingote, une cravate toritllée autour du cou, les jambes passées dans un pantalon à pied qui se perdait dans d'énormes souliers , Balzac arpentait la rue Dauphine.
« Honoré ! s'écria Méry.
--Bonjour, amis, je vais chez la duchesse….
--Pas du tout, tu vas à l'Odéon faire répéter ta pièce ; mais il te faut rester avec nous.
--Et pourquoi cela ? demanda Balzac.
--Parce que Privat s'embête, et qu'il est impossible de le laisser dans cet état.
--Privat s'embête ?…Mais alors je vous accompagne, et j'abandonne ma répétition. »
En ce moment une bonne grosse figure réjouie passa par la portière d'un fiacre, et une vois s'exclama :
« Je vous y prend ingrats ! Vous flânez dans les rues et vous m'oubliez. Avez-vous décidé de ne plus jamais franchir mon seuil ? je vous attend à dîner demain soir. C'est convenu, n'est-ce pas ? au revoir à demain !
-- Mais, mon bon Alexandre, tu ne sais pas la triste nouvelle ?
--Quelle nouvelle ?
--Privat s'embête, répondit Dumas redevenu sérieux, laissez moi payer ma voiture, et je suis des vôtres.
»
Au coin du Pont-Neuf, nous rencontrâmes Alfred de Musset qui causait avec Eugène Delacroix. En quelques mots, nous les mîmes au courant de cette invraisemblable histoire.
« Mais moi aussi je m'embête, murmura le doux poète.
--Vous mon cher Alfred, ce n'est pas la même chose, dit Delacroix avec vivacité, vous en avez l'habitude. Mais pour Privat, c'est différent.

--Allons donc » fit Musset avec résignation.
En marchant à l'aventure, nous avions traversé le Pont-Neuf et gagné la place des  Trois-Maries, quand
Dumas nous arrêta en étendant ses deux grands bras.
--
Attention ! dit-il, nous sommes sauvés : j'aperçois Eugène Sue qui mange des prunes chez la mère Moreau.** »

bbc4305d8d2d89aa7b7cfe121bab2166.jpg


Ganté de frais, vêtu avec l'élégance la plus correcte, Eugène consommait coup sur coup, les noix, les prunes et autres fruits confits.
«
J'étudie, fit-il avec un fin sourire en nous voyant envahir son refuge.
Le chinois qu'il portait à sa bouche lui échappa des doigts quand il connut le but de notre visite. Il semblait atterré, et longtemps, il réfléchit en silence.
«
Je crois avoir trouvé, dit-il enfin ; pour moi, je ne puis rien faire, mais je pense que Bouchot peut nous tirer d'embarras.
--C'est vrai ! s'exclama l'assemblée avec unisson ; allons trouver Bouchot*** . »
L'artiste terminait son chef-d'oeuvre, les Funérailles de Marceau. Absorbé par son travail, il était vraiment surexcité, et il n'aimait pas qu'on le dérangeât. Perché en haut de sa double échelle, il peignait avec une contention la plus extrême quand tout la bande fit invasion dans son atelier. Sa fureur devint sans bornes.
--
Allez-vous bien vite sortir d'ici, sacripants ! Voulez-vous bien tourner les talons et déguerpir immédiatement ?
--Mon bon Bouchot….., fit Méry.
--A la porte !
--Mon cher François…. dit Balzac.
--File, file !
--Mais saperlotte ! reprit Delacroix d'un ton sec, vous ne savez donc pas que Privat s'embête ? »
La colère du peintre s'éteignit subitement. Il déposa sa palette et ses brosses, et descendit quatre à quatre les degrés de son échelle, en répétant :
«  Et quoi ! Privat s'embête ? »
Et de sa plus douce voix, Bouchot ajouta :
«
Mes chers amis, cela ne peut durer plus longtemps… j'ai gagné 14000 francs, je les prend, et nous allons essayer de distraire notre pauvre camarade. »
Le lendemain matin, les 14000 francs étaient dépensés, Privat ne s'embêtait plus, et tout le monde était content.
Quand bien même cette historiette ne servirait qu'à démontrer la sympathie qui entourait Privat, nous ne devions pas oublier de la mentionner ici.
Alexandre Pothey

a5e92fa8fc0ee2cd59df64ab2c575d52.jpg
Tableau de François Bouchot 

-Le passage du Commerce-Saint-André-des-Arts était dans le XIéme arrondissement, quartier de l'école de Médecine. Cette voie commençait 71 rue Saint-André-des-Arts, et finissait au numéro 30 de la rue de l'école de Médecine (partie disparue après le percement du boulevard Saint-Germain) Le passage faisait partie de la Cour du Commerce? construit contre le mur d'enceinte de Philippe-Auguste. Ouvert en 1776 sur le terrain d'un jeu de paume, c'est là que les docteurs Louis et Guillotin firent procéder  à des essais de "décapitation" sur des moutons !!!. Le débouché vers la rue Saint-André-des-Arts n'a eu lieu qu'en 1823.

...........

** Le café de la Mère Moreau se trouvait place de l'École, qui  donnait sur le Quai du même nom près du Pont-Neuf, à l'emplacement actuel de la pointe des magasins de la Samaritaine (qui vont disparaître à leur tour) à l'intersection des rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, de la rue de l'Arbre-Sec et du quai de la Seine. La spécialité maison, était : les cerises à l'eau de vie, et la beauté de ses nombreuses serveuses peu farouches.

*** Bouchot (François) 1800-1842, artiste aujourd’hui oublié, était un peintre fort célèbre et riche à l’époque. Auteur de fresques historiques, il bénéficia de nombreuses commandes  du roi Louis-Philippe.

Mise à jour le 4 février 2009.